ARTEFACT : Les robots sur scène, le théâtre sans humain. Quels enjeux pour le futur du spectacle vivant ?

 

Artefact : spectacle immersif et étonnant

Le 17 novembre 2017, nous avons assisté au spectacle ​Artefact,​ présenté au Théâtre Nouvelle Génération (TNG) dans le cadre du festival Micro Mondes et crée par Joris Mathieu en compagnie de Haut et Court. Joris Mathieu, metteur en scène et directeur du TNG depuis 2015, était présent après le spectacle pour discuter avec les spectateurs et pour initier un échange des réflections et des émotions.

Artefact ​est une pièce de théâtre immersive et ambulante, sans humains sur scène, qui pose des questions sur le rôle des machines et des robots dans notre société, sur la puissance de l’intelligence artificielle et sur « la disparition pure et simple de l’Humanité1. » Divisé en trois parties, le spectacle évoque une ou plusieurs pièces de théâtre connues par partie, notamment ​Hamlet ​et ​Macbeth de William Shakespeare, ​R.U.R. de Karel Čapek, et ​En attendant Godot ​de Samuel Beckett. A travers ces références, la pièce distingue un thème principal par partie : la mortalité de l’Homme comme individu, la culture humaine face aux machines, et la fin de l’humanité tout court. Les spectateurs sont repartis eux aussi en trois groupes, un dispositif significatif pour appréhender la trame narrative du spectacle qui, selon le metteur en scène « finit toujours par faire une boucle un peu logique2 », malgré le fait que les trois groupes ne voient pas les trois parties du spectacle dans le même ordre.

Suivant notre expérience en tant que spectatrices, nous étions interpellées par les thèmes abordés dans ce spectacle, mais aussi par des questions plus larges qui concernent les relations entre le théâtre, les machines et la logique du metteur en scène. Nous demandons donc, ​e​n quoi l’utilisation des robots comme comédiens dans le théâtre communique l’intention du metteur en scène, du dramaturge, et révèle la signification qu’ils donnent à ces machines ?

Le robot naît au théâtre

L’idée d’utiliser de la technologie sur scène nous paraît spécialement pertinente aujourd’hui, mais cette notion remonte bien loin dans le passé si nous considérons le fait que « la technique a toujours été au service du théâtre3 », comme l’a évoqué Joris Mathieu pendant notre temps d’échange. Le concept du robot comme nous le connaissons, date de 1920, avec la pièce ​R.U.R.​ de Čapek, le nom venant du tchèquerobota​ ou « travail forcé4 ». A travers cette oeuvre, Čapek interroge non seulement le concept de robot comme un être fait à l’image de l’homme pour travailler à sa place, mais il soulève aussi des questions sur le destin de l’Humanité face aux machines intelligentes, et à ce que deviendra notre héritage. ​Artefact f​ ait référence à cette oeuvre, pour poser les mêmes questions presque un siècle plus tard.

Le sujet de l’éthique est surtout présent dans ​R.U.R.,​ et Čapek nous fait réfléchir à la question : si nous créons des robots à notre image, est-ce que nous sommes tenus de leur donner les mêmes droits que que ceux dont nous jouissons ? Dans​ Artefact,​ ce questionnement éthique est posé en lien direct avec les comédiens : comment justifier le remplacement des comédiens humains par des machines ? Pendant que ​Artefacttourne, les comédiens de la compagnie Haut et Court sont au chômage. En revanche, ces emplois perdus sur scène sont remplacés par des emplois derrière la scène, notamment ceux des techniciens qui s’occupent des machines. ​Artefact​ nous donne accès à un monde de théâtre sans comédien, mais le théâtre sans technicien reste inimaginable, car les robots sur scène ont tout de même besoin d’être programmés et entretenus par des humains.

Le robot comme protagoniste

La présence du numérique dans les arts plastiques est évidente depuis longtemps, mais ces mêmes technologies « acquièrent aujourd’hui un véritable protagonisme5 » dans le spectacle vivant. Dans le théâtre les dispositifs numériques pour créer des effets sur scène sont de plus en plus présents, mais ils restent à l’arrière plan. En utilisant des machines en lieu et place des comédiens, les spectacles comme A​ rtefact ​donnent une importance et une signification au numérique qui n’était pas possible en gardant ces dispositifs derrière la scène. Nous pouvons interroger également le choix des machines utilisées, selon certaines distinctions suivantes:

« On peut établir la typologie suivante pour l’objet en question [l’objet technologique], tant matériel (robotique, par exemple) que numérique (un logiciel) : soit c’est un objet existant qui acquiert sur la scène un nouvel usage et une nouvelle signification, soit il naît uniquement pour la scène et en détermine une esthétique spécifique6. »

Au lieu de se focaliser sur la création de nouvelles technologies pour soutenir les comédiens, ​Artefact​ se réapproprie des machines existantes, en les transformant en comédiens. Son « objet technologique » est donc matériel, et porteur d’une nouvelle signification à travers son usage sur scène. A​ rtefact​ nous fait nous questionner sur la façon dont nous arrivons à être touchés par de simples machines. Pour cette raison, le fait que le bras robotique et l’imprimante 3D soient des machines pas faites à l’image de l’homme, donne encore plus de puissance à leur présence sur le plateau. Utiliser le robot comme protagoniste dans une pièce, suppose aussi que les émotions évoquées pendant le spectacle seront en lien avec cette machine. A travers des textes récités par les machines, comme est le cas dans A​ rtefact​, de fortes émotions arrivent à être exprimées. Néanmoins, même si le robot sert à transmettre la parole efficacement, il y a un travail en amont d’écriture ou d’adaptation de texte qui nous ramène vers le côté humain.

Le titre A​ rtefact f​ ait référence aux objets représentatifs d’une culture humaine, qui sont définis en anthropologie comme des produits « ayant subi une transformation par l’homme.7» Les machines présentes sur scène sont des créations de l’homme, et donc des artefacts. Afin de nous interroger sur la transmission des savoirs pour perpétuer notre existence tant qu’humain, A​ rtefact ​nous présente un futur où les machines sont les derniers artefacts, la dernière trace de l’Humanité, tout en étant la cause même de sa fin. Mais il pose aussi la question de la définition du mot artefact, la transformation d’objet doit-elle être strictement réalisée par un être humain ? Si nous imaginons une intelligence artificielle assez puissante pour créer des oeuvres originales, celles-ci seront-elles des artefacts ou réservons-nous ce mot aux créations humaines ? ​Artefactdemande si le robot peut être créateur et non seulement outil, en nous proposant un scénario dans lequel les robots se réapproprient le théâtre en retravaillant des textes existants. Dès lors, le robot dans ​Artefact s’​approche du rôle de créateur en devenant passeur de savoirs et producteur d’une sorte d’artefact.

Le message derrière les machines

Nous pouvons comparer la mise en scène et la signification d’​Artefact​ avec celles d’autres spectacles vivants qui utilisent des robots. ​Sayonara, version 2​ d’Oriza Hirata, par exemple, met ensemble sur scène un humain et un androïde (avec une apparence si réaliste que c’en est troublant); pour nous faire réfléchir à la place des robots dans notre monde aujourd’hui et pour nous avertir des dangers qui nous attendent dans le futur. Hirata normalise l’utilisation des robots dans le théâtre, en utilisant des androïdes non seulement dans ​Sayonara m​ ais aussi dans ses adaptations de ​La Métamorphose​ de Kafka et ​Les Trois Soeurs​ de Tchekhov, en version androïde. Pour Hirata, le futur des robots dans notre vie, et surtout dans notre théâtre, est évident8. Il ne s’agit donc pas de se demander si les robots vont avoir une présence sur scène, mais de savoir quelle signification nous donnerons à cette présence. Pourquoi mettre des robots sur scène, et pour transmettre quel genre de message ?

Dans les performances de danse ​Robot​ de Blanca Li et ​School of Moon​ de Eric​ ​Minh Cuong Castaing, les robots NAO dansent sur le plateau avec les danseurs humains, leurs deux corps à la fois en lien et en contraste à travers leurs mouvements. Ces spectacles explorent des questions de relation entre corps, et plus largement entre l’homme et la machine, comme Bianca Li le demande : « Une machine même évoluée peut-elle remplacer le rapport au vivant9 ? » Les robots humanoïdes NAO représentent une forme de machine entre le bras robotique froid et sans visage de ​Artefact,​ et l’androïde de Sayonara​ avec son apparence si réaliste que nous ne la distinguons pas facilement sur scène comme étant une machine. Li nous fait revenir également sur la question de la signification du mot artefact et l’idée de la machine comme créatrice, en demandant : « Les robots sont-ils des entités capables d’intégrer le désordre créateur10? »​ Le spectacle de Li repose surtout sur des éléments fantastiques pour émerveiller le spectateur, mais il finit par poser les mêmes questions sérieuses et sombres que S​ayonara​ et Artefact​.

Nous nous interrogeons également sur la question des publics et sur le rôle des jeunes comédiens et spectateurs, face aux machines. ​School of Moon​ met en scène des enfants, et le travail de Joris Mathieu vise surtout à « ​inventer des dispositifs innovants pour aller à la rencontre des publics et en particulier des plus jeunes spectateurs11 ​» . Si la signification derrière ses oeuvres est d’imaginer notre futur avec les machines, ce sont les enfants qui le vivront. En mettant des enfants sur le plateau avec les machines ou dans le public, ces spectacles posent des questions sur l’avenir directement aux jeunes qui vont le construire.

Robots sur scène : le futur du théâtre ?

L’enjeu du numérique dans le théâtre, et plus globalement dans les arts, n’est pas récent, mais il nous semble de plus en plus pertinent avec la rapidité des avancées technologiques et l’accélération de notre dépendance au numérique, au cours des deux dernières décennies. Dans le milieu du théâtre, le numérique est surtout présent derrière le spectacle, du côté du technicien et en arrière plan de la scène, mais à travers les oeuvres que nous venons d’évoquer, il est clair que la technologie et en particulier les machines, commencent à avoir plus de présence sur scène. Nous nous demandons donc si cette présence de robots-comédiens n’est « qu’une question de temps12 », comme le metteur en scène Oriza Hirata en est convaincu.

Nous nous questionnons aussi sur le rôle de la culture dans cette évolution. Dans la société japonaise dans laquelle Hirata vit et travaille, la présence des robots au quotidien est déjà normale, et leur insertion complète dans la société et plus recherché au Japon qu’ailleurs. Les robots NAO par exemple, sont largement utilisés ont vocation​ à être bientôt «​ ​mis au service du grand public comme assistant personnel13 ​» non seulement au Japon mais dans le monde entier.​ ​Au japon l’utilisation des robots dans le théâtre est donc moins choquante, et même logique. Les pièces de Hirata, comme celle de Mathieu nous font réfléchir au futur de l’Humanité, et à notre Histoire collective. Mais en réfléchissant aux différences culturelles, nous nous demandons si le déroulement de cette Histoire pourrait se passer différemment dans les diverses parties du monde.

Melissa DOUVILLE Tereza KASPAROVA

 

1 ​Mathieu, Joris, directeur du TNG. Discussion post-séance le 17 novembre 2017.

2 Idem.

3 Mathieu, Joris, directeur du TNG. Discussion post-séance le 17 novembre 2017.

4 Larousse (2018) ​Robot ​[en ligne]. Disponible sur : ​http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/robot/88768

5 Pluta, I. ​(2016) ​Lorsqu’un metteur en scène re/invente un objet technologique. Parcours, collaborations, traces, Hispania, 31 (19), p. 121

6 Pluta, I. ​(2016) ​Lorsqu’un metteur en scène re/invente un objet technologique. Parcours, collaborations, traces, Hispania, 31 (19), p. 121

7 ​Larousse (2018) ​Artefact ​[en ligne]. Disponible sur : ​http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/artefact/5512

8 Hirata, O. (2011) Le théâtre et les robots. Agôn, [en ligne] Disponible sur :http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=1170​ ​/

9 Blanca Li (2014) ​Robot ​[en ligne]. Disponible sur : ​https://www.blancali.com/fr/event/99/robot

10 Idem.

11Théâtre Nouvelle Génération (2017) ​Joris Mathieu ​[en ligne]. Disponible sur :http://www.tng-lyon.fr/artistes/joris-mathieu/

12 Pluta, I. (2013) Robots sur scène : (En)jeu du futur / Sayonara ver. 2 / Les Trois Soeurs version Androïde. Jeu, [en ligne] 149 (145–148), Disponible sur : ​https://www.erudit.org/fr/revues/jeu/2013-n149-jeu01089/70915ac/

13 ​Blanca Li (2014) ​Robot ​[en ligne]. Disponible sur : ​https://www.blancali.com/fr/event/99/robot

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages :

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Articles de revue :

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Le modèle du café-théâtre à Lyon, un pari pour l’entrepreneuriat culturel

 

Depuis mai 68, comme l’écrit Vincent CASANOVA[1], on constate une rupture dans l’histoire du théâtre en France. Au cours des années 70 se multipliaient des jeunes compagnies qui cherchaient à promouvoir un théâtre d’un genre nouveau, qui se voulait plus léger et accessible aux divers publics, notamment sur le plan financier et artistique. Le but était de déconstruire les codes traditionnels du théâtre et d’impliquer le public dans le spectacle en cassant la frontière entre le spectateur et la scène. Nous assistions à la naissance des cafés-théâtres.

 

C’est à Lyon notamment que le modèle s’est particulièrement épanoui, à tel point que le café-théâtre fait partie de la culture des Lyonnais.e.s. Aujourd’hui, face aux enjeux actuels, les cafés-théâtres lyonnais se réinventent régulièrement pour rester innovants et toujours aussi populaires. Entre autres, le phénomène internet par exemple, qui a bouleversé la scène et surtout les petites salles.

 

En quoi le modèle du café-théâtre est-il un exemple d’entrepreneuriat et d’innovation dans le secteur culturel à Lyon? Est-ce qu’aujourd’hui ce modèle économique est-il toujours viable?

 

Pour tenter de répondre à ces questions, nous avons au préalable étudié et analysé le modèle économique de neuf cafés-théâtres lyonnais en recueillant les informations les plus pertinentes à travers quatre hypothèses. Puis, nous avons choisi deux cafés-théâtres qui nous sont apparus reposer sur des fonctionnements différents, afin de constater ou pas nos hypothèses sur le terrain et d’approfondir notre réflexion en interrogeant les représentants de ces deux structures sur la base d’une étude de faisabilité (stratégie commerciale, politique de prix, analyse d’offre et demande, etc.). Il s’agit du:

Le Shalala – Bar à spectacles-, qui a retenu notre intérêt en raison d’une proposition à caractère innovant et de sa creátion récente;

Le Complexe du Rire – Café-théâtre, qui est à l’inverse fortement implanté depuis plus de 20 ans dans le paysage culturel lyonnais et qui chaque année se réinvente.

 

     Le  modèle du café-théâtre exige une programmation centralisée sur le divertissement afin d’atteindre un grand nombre de public.

 

Le café-théâtre puise dans des inspirations plus lointaines et historiques. Avec une programmation centrée sur l’humour où “Les textes dramatiques sont souvent satiriques (one (wo)man show) ou poétiques (montage de textes, poèmes ou chansons)”[2]; on peut trouver une filiation avec les tavernes du Moyen Age, ou encore les cafés philosophes du XVIII siècle.

 

À Lyon, le premier café-théâtre est né en 1985 de l’idée de trois amis (Pascal COULAN, Philippe GIANGRECO, et Henri POURADIER DUTEIL). L’Accessoireest considéré comme le deuxième café-théâtre de la France. Ce lieu mythique a accueilli la majorité des comédien.ne.s lyonnais.e.s qui aujourd’hui font vivre les différents lieux de café-théâtre et qui ont donné à Lyon le titre de la capitale du genre selon France Info[3].

 

     Le modèle du café-théâtre est basé sur la diversification du financement afin d’assurer son développement. À Lyon, ce modèle dépend plutôt de la relation commerciale avec les entreprises.

 

Selon Frédéric de Beauvoir, directeur de Le 100, un établissement solidaire qui aide et forme les artistes à l’entrepreneuriat culturel à Paris: « l’œuvre ne suffit plus à l’artiste pour vivre. Ce capital symbolique qu’elle constitue doit être consolidé par une diversification, afin de créer une activité économique pérenne. »[4]Pour Le Shalalaet Le Complexe du Rire,les soirées privées et la location de salles aux comités d’entreprise (activités sociales et culturelles au profit des salarié.e.s) ou directement aux sociétés (pour des actions de “team-building”par exemple) constituent les activités les plus rentables.

 

Pour autant, Maxence FONTAINE et Hélöise BARON du Le Shalala, même s’ils le font occasionnellement (3 ou 4 fois par an en moyenne) ne cherchent pas à développer davantage ce type de relation avec les entreprises. Ils sont fortement attachés à l’idée que Le Shalala reste un espace d’échanges, de coopération et de totale liberté artistique. Steven HEARN constate en ce sens ce point que “les motivations des entrepreneurs du secteur culturel sont plus intrinsèques (originalité, valeur et sens des projets, créativité) que extrinsèques (rémunération)” dans son Rapport sur le développement de l’entrepreneuriat dans le secteur culturel en france.En ce sens, Cécile MAYET, directrice artistique de Le Complexe du Rire, considère que la viabilité financière de son café-théâtre est liée à la diversification des services et prestations proposés. C’est la somme de la vente des billets, la location de salles, la restauration (90% des gens mangent avant le spectacle) et les soirées privées qui rendent le projet rentable. Aujourd’hui, au sein de ce lieu, les recettes générées par le bar à tapas en une soirée équivaut à la rentabilité de la billetterie d’une salle de spectacle. Le Complexe du Rire réalise un chiffre d’affaires annuel d’un million d’euros. De son côté, pour financer ses activités, Le Shalaladéveloppe le financement participatif, grâce auquel il a pu obtenir 10 000 euros pour sa création, mais il n’a pas encore arrêté définitivement de stratégie commerciale ou de modèle économique.

 

     La force du phénomène internet a impacté au niveau économique les cafés-théâtres lyonnais.

 

Actuellement, un de plus grands défis pour les cafés-théâtres est d’attirer un public plus jeune. Selon Cécile MAYET, la jeunesse doit faire face à des contraintes financières élevées et à une certaine précarité. Les jeunes et notamment les étudiants, vont avoir tendance à préférer se divertir à la maison en regardant les chaînes desone man’s show sur YouTube. C’est ce qu’elle appelle “la culture à domicile”.

 

Les modes de communication ont également changé,  et les cafés-théâtres doivent nécessairement s’y adapter. Pour faire connaître Le Complexe du Rireau plus grand nombre, la structure a promu un serveur expérimenté de son personnel à la communication sur la plateforme Instagram.

 

Les plateformes numériques et réseaux sociaux sont également un formidable vivier de talents et au final une concurrence non négligeable aux cafés-théâtres. Pour le youtubeur et producteur Lorenzo BENEDETTI, ce que les cafés-théâtres et les émissions de télévision faisaient dans la recherche de nouveaux talents, aujourd’hui les chaînes de YouTube le font très bien, “tous les gens qui ont du talent utilisent ce canal très direct pour s’exprimer et ensuite pour s’en repérer, puisqu’ils font de vues et, donc ça attire l’attention des producteurs comme moi ou d’autres, et grâces à ça ils arrivent à accéder à la notoriété.” Donc, YouTube produit une quantité très grande de nouveaux talents pour un jeune public qui est très connecté. 85% des français ont accès à internet et 74% y accèdent tous les jours- 95% de ces gens sont des jeunes entre 18 et 24 ans. (Données du Baromètre du Numérique de l’étude annuel CREDOC.) Pour conquérir ce public nouveau, Le Complexe du Rire  a invité un youtubeur pour jouer un spectacle, ce qui a été un grand succès.

 

     La baisse des subventions publiques et le désir d’indépendance des artistes ont rendu de manière globale le comedien.ne entrepreneur.e

 

Françoise BENHAMOU décrypte dans L’économie de la cultureles effets pervers de la subvention et comment les prix des spectacles ne suffisent pas pour couvrir l’accroissement des coûts de fonctionnement. La baisse des subventions publiques peut rendre vulnérable l’artiste et in fine menacer sa liberté artistique. C’est la raison pour laquelle, on constate que les artistes cherchent à développer des nouvelles formes d’organisation. Catherine PARADEISE introduit dans son livre Les Comédiens, profession et marchés du travailparu en 1998 la notion de «nouveaux comédiens-entrepreneurs». L’auteure les définis comme des artistes qui montent de petites compagnies, souvent sous la forme souple d’association, pour rechercher des financements.

 

La notion d’entrepreneuriat culturel a été partagée pour la première fois en 1982 par le sociologue Paul DIMAGGIOqui a décrit comment s’est construite la “culture savante” à Boston aux Etats-Unis. Il reconnaissait une forme d’organisation alternative dans le secteur de la musique, où les collègues travaillaient ensemble de façon coopérative, pour partager les bénéfices et gérer le groupe. Cependant ces structures étaient vulnérables aux initiatives du marché.

En ce domaine,Le Shalalaa voulu créer une structure basée sur la mise en commun et mobilisation de toutes les compétences présentes au profit de l’association. Tous et toutes sont comédien.ne.s, mais chacun.e sont, à tour de rôle et selon les affinités, serveur.euse, régisseur.euse, administrateur.trice. Une histoire de polyvalence maîtrisée qui renforce la liberté d’action au service du projet artistique et l’envie de créer un lieu de partage de valeurs éloigné du système financier et du besoin vital de subventions publiques. Dans son rapport précité, Steven HEARN explique que «la plupart des acteurs de la vie économique n’envisage la culture que sous l’angle du mécénat. Pour eux, le plus souvent, les entrepreneurs du secteur sont des artistes mauvais gestionnaires évoluant dans un secteur exempt de rentabilité».C’est pour cela qu’un lieu comme Le Shalaladevient aussi un terrain pour discuter les principales problématiques du secteur comme le statut d’intermittent du spectacle et sa difficulté d’interagir avec les acteurs économiques pour mettre en lumière une problématique actuelle. De son côté, Le Complexe du Rire, qui est exploité sous la forme d’une société commerciale (SARL), créé chaque année des projets innovants qui ont permis financer son activité depuis 20 ans et qui emploie une vingtaine de personnes qui font vivre le lieu. Tout cela, sans financement public ou privé. Après avoir investi 5 000 francs pour sa création, Le Complexe du Rirese valorise aujourd’hui à 105 000 euros.

 

     En conclusion, si les enjeux sont importants et les défis nombreux pour les structures culturelles, ils sont, et ont été pour les cafés-théâtres lyonnais une formidable opportunité de faire le pari gagnant de l’innovation à tous les points de vue (culturel, organisationnel, structurel, juridique), et ainsi maintenir sa place si particulière dans le paysage culturel de la ville.

En 2018, Lyon continue à accueillir des nouveaux lieux sous la forme de café-théâtre ou bar à spectacles, comme Le Nid de Poule, troupe d’artistes qui cherchent à dynamiser son propre secteur et à créer des nouveaux modèles économiques pour continuer à s’exprimer sans tabou et à partager l’intimité avec le public, dans le rire.

 

Il est à espérer qu’enfin le secteur culturel soit reconnu dans des stratégies de stimulation de l’entrepreneuriat et de l’innovation, dont le programme Investissements de l’avenir.

 

Natalia Petrus Da Silva

Juan Rojas Castillo

Master 1 DPACI Année 2017-2018

 

BIBLIOGRAPHIE

 

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CASANOVA, Vincent. Le café-théâtre. Jalons Version Découverte. Médiathèque. Vidéo 12 janvier 1970.

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PAVIS, Patrice. Dictionnaire du Théâtre en 2004. Armand Colin, 2004, 40 et 41 p. ISBN 2-200-263090.

PARADEISE, Catherine. Les comédiens. Profession et marchés du travail. Avec la collaboration de Jacques Charby et François Vour’ch. Janvier 1998.

Quel destin pour les cafés-théâtres lyonnais, cette pépinière d’humoristes ?. FranceInfo. Décembre 2016. Disponible sur https://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/humour/quel-destin-pour-les-cafes-theatres-lyonnais-cette-pepiniere-d-humoristes-250739

[1]Vincent CASANOVA. Le café-théâtre. Jalons Version Découverte. Médiathèque. Vidéo 12 janvier 1970.

[2]Patrice PAVIS. Dictionnaire du Théâtre en 2004. Armand Colin, 2004, 40 et 41 p.

[3]Quel destin pour les cafés-théâtres lyonnais, cette pépinière d’humoristes ?. FranceInfo. Décembre 2016.

[4]L’entrepreneuriat sauvera-t-il la culture ?. Maxime Hanssen. Novembre 2016.

carnet de bord #3

Sous les ruines, fleurit la culture.

Regards sur une ville en pleine ébullition citoyenne

Un voyage à Belgrade, c’est une épopée dans le temps, la découverte d’un paysage politique et culturel hétéroclite et parfois paradoxal. Dans cette ville au passé lourd, marquée par les fracas de la guerre et des gouvernements autoritaires, des femmes et des hommes ont décidé de prendre leur futur en main en développant une culture alternative aux influences croisées et aux valeurs humanistes, prenant le contre-pied des codes imposés par le pouvoir en place.

 

Beauté froide et apparences trompeuses

            Il est à peu près 9h du matin lorsque nous arrivons au cœur de Belgrade, en ce 9 février 2018. Après avoir quitté l’aéroport Nikola Tesla, traversé en bus une campagne sauvage, dénuée de tout urbanisme, nous découvrons, avec la stupéfaction et la précipitation caractéristiques des touristes occidentaux, une ville aussi austère que puissante. Témoins d’un faste quelque peu passé, les façades décrépies des hauts bâtiments m’intriguent. La rudesse de leurs formes n’entache en rien leurs qualités architecturales, mais nombre d’entre eux sont vides, abandonnés aux aléas du temps et à des repreneurs a priori absents… Les trottoirs cabossés laissent entrevoir un faible investissements dans l’entretien des espaces publics. Ça et là on aperçoit d’ailleurs des décombres d’immeubles bombardés, des décharges urbaines, des espaces verts à l’abandon…

Et pourtant, la vie grouille de partout. Sur la grande rue piétonne, Knez Mihailova, petits commerces, grands magasins, restaurants bondés, chanteurs de rue, et badauds se succèdent.

Nos premiers échanges avec les Belgradois éveillent en nous une véritable curiosité : quelque chose d’insoupçonné se cache derrière la grisaille de cette ville hors de temps, encore marquée par la guerre et la dictature…

Cette force, cette puissance, ressentie dès notre arrivée dans la capitale Serbe, et qui effleure en quelques endroits à la surface de la ville, se cristallise véritablement au contacts des habitants, dans des lieux écartés des sentiers balisés par les guides touristiques. Cette force est culturelle, artistique, politique mais citoyenne.

 

Belgrade underground

            Dans les années 1970 et 1980, Belgrade était empreinte d’un dynamisme culturel avant-gardiste qui renouvelait les codes de la musique, du cinéma, des arts visuels… Mais la violence des affrontements humains est passée par là, et peu à peu, l’État s’est désinvesti des questions culturelles, abandonnant le soutien de la création au profit d’une transition économique difficile, peu efficiente et surtout interminable, depuis les bombardements de 1999. Un véritable fossé s’est creusé entre les mœurs artistiques et créatives des Belgradois et les projets effectivement soutenus par les politiques de la ville. Alors, la résistance s’est organisée, les coopérations se sont multipliées et la vie a repris ses droits dans un foisonnement culturel alternatif comme on en voit peu (ou plus), dans nos pays sur-administrés.

Au fil de discussions, officielles et officieuses, nous retenons des noms de lieux et de quartiers passés maîtres dans le développement de nouvelles approches artistiques et le soutien de la création locale indépendante. Parmi eux, il y a Kvaka 22.

Il fait nuit lorsque l’on s’approche de cet immeuble, rue Rusveltova, et rien ne laisse présager ce qu’il renferme, si ce n’est l’œuvre murale que l’on découvre sur son aile droite. Ancien immeuble de l’armée dédié à la réparation et à l’entretien des instruments de musique de l’orchestre militaire national, cet espace a été abandonné après la guerre, et s’est rapidement délabré, devenant tour à tour squat ou décharge. En 2015 un collectif d’artiste découvre les lieux, et décide de se retrousser les manches pour remettre en état les trois niveaux du bâtiment, et en faire un lieu culturel indépendant et innovant. Aujourd’hui, le rez-de-chaussée abrite une galerie d’art libre et un espace presque muséal, dédié aux archives – photos, vinyles, instruments, matériel de réparation – récupérées sous les décombres. Au premier étage un appartement a été transformé en un atelier de création, salle de projection et de conférence – et bar officieux, les soirs de vernissage. Le dernier niveau, lui, est séparé entre un studio et des espaces dédiés à l’administratif. Goran, membre du collectif, nous raconte l’histoire de ce lieu et de son pays avec passion. Pour lui, la situation culturelle en Serbie et plus particulièrement à Belgrade, est plus liée à une mauvaise distribution des ressources qu’à un véritable manque de moyen. Pour palier à l’absence d’aides de la ville, il faut donc faire preuve d’ingéniosité ; et le collectif de Kvaka 22 en a à revendre : en mettant l’accent sur la restauration et la valorisation des archives retrouvées dans le bâtiment, ils ont pu obtenir aide et soutien du Goethe Institut, ce qui leur a permis de développer leurs activités. Et si la situation du Kvaka 22 reste précaire puisque d’un point de vue juridique rien ne leur octroie le droit d’être ici et que le collectif peut être expulsé du jour au lendemain, l’enthousiasme, le dynamisme et la ténacité de ces jeunes Belgradois restent intacts. A l’image de nombreux autres acteurs de la scène culturelle Serbe, ils défendent des valeurs de partage, de liberté, de diversité, de démocratie culturelles et témoignent d’une conscience et d’une pensée politique ouverte sur le monde et extrêmement aiguisée.

Sur les chemins de la liberté culturelle

            A Belgrade, Kvaka 22 n’est qu’un exemple, parmi tant d’autres, de la force de la volonté et des initiatives citoyennes. J’aurais pu vous parler du Stroggi, cet immeuble transformé en bar musical et galerie, où se croisent musiques électroniques, esthétiques baroques et street art. J’aurais également pu vous parler de l’Université des Arts de Belgrade, et de ses professeurs émérites, qui chaque jour se battent pour l’affirmation de l’identité culturelle plurielle de leur ville et de leur pays. J’aurais pu vous décrire, aussi, les œuvres urbaines puissantes et subtiles, qui fleurissent dans les rues et embellissent les quartiers, malgré les restrictions des politiques ; j’aurais pu évoquer le Centre de Décontamination Culturelle ou encore le mouvement citoyen Ne Davimo Beograd(« Ne cédons pas Belgrade »)…

J’aurais pu vous parler de tout cela, pour vous raconter une chose : sous une apparence grise, Belgrade chante, et continuera de chanter, plus fort encore, pour que son cœur et celui de ses citoyens et citoyennes battent à l’unisson.

/L.A

carnet de bord #2

 

Ce qui m’a frappée à Belgrade a d’abord été son aspect quelque peu vieilli. Beaucoup de bâtiments gris, comme délaissés, comme un anachronisme.

Cela a vite été rattrapé par le charme de ses collines, de ses fleuves, de ses lieux plus ou moins alternatifs et de ses impressionnants édifices.

 

On sent bien — au fil des discussions, des visites et des monuments — que l’histoire est lourde, importante et que le passé est encore bien présent.

On ressent également comme un paradoxe entre, d’un côté, des quartiers anciens, pittoresques, traversés par un tramway que l’on qualifierait en France de désuet et, d’un autre côté, le projet de skyline prévu pour réhabiliter les quais et moderniser la capitale.

 

Les personnes que l’on a eu la chance de rencontrer étaient inspirantes, dotées de connaissances sans fin et très ouvertes sur le monde.

 

En réalité il est difficile pour moi de raconter notre séjour à Belgrade. Il s’agit d’une ville indescriptible, indicible. Il faut y être pour la ressentir, il faut en parler pour la comprendre.

Lola