Le pôle musées d’art de la ville de Lyon.

Le Musée des Beaux Arts de Lyon est aujourd’hui et depuis 2004 sous la direction de Sylvie Ramond, historienne de l’art et conservatrice en chef du patrimoine.

Le Musée d’art contemporain de Lyon était historiquement une des ailes du Musée des Beaux-Art de la ville, puis il a vu le jour au coeur de la citée internationale en 1995, sous la direction de Thierry Raspail, créateur de la Biennale d’art contemporain de Lyon. Après l’annonce de sa retraite en 2018, après avoir passé plusieurs dizaines d’années à ce poste, la question de son remplacement s’est posée.

La question s’est posée tout l’été, difficile de trouver le candidat idéal qui pourrait s’emparer des missions multiples demandées et en même temps d’avoir un rôle assez spécial au sein du nouveau pôle musées d’art. Un duo complémentaire a alors été choisi, Isabelle Bertolotti, spécialisée en muséologie et en art contemporain, déjà responsable des expositions au musée d’Art Contemporain depuis 1995. Elle a candidaté en duo avec Matthieu Lelièvre, historien de l’art et commissaire indépendant. Il sera lui, conseiller artistique avec pour mission de développer les liens avec la jeune création et les réseaux internationaux.

Création d’un pôle des musées d’art à Lyon.
Ce n’est pas une fusion, mais un rapprochement des deux musées cités précédemment. Chaque musée doit garder son autonomie artistique et son identité propre. La direction générale du Pôle muséal est attribuée à Sylvie Ramond, qui a impulsé le projet. Selon le Maire, c’est “une alliance assez naturelle même si elle est «touchy » en matière de culture, chacun aimant traditionnellement bien rester dans son pré carré. “
La création du pôle musées d’art nous a interpellé, nous avons voulu comprendre les enjeux de ce projet, et en quoi il s’insère dans une logique globale. Nous avons donc effectué un travail d’analyse de presse, et dans une moindre mesure, des échanges directs et un travail de documentation.

I. Un levier pour le tissu local et la création contemporaine.

Exploiter et faire dialoguer les ressources locales.
Le rapprochement des deux musées en ce pôle des musées d’art permettrait de valoriser les collections déjà présentes au sein de ceux-ci : « J’ai envie de tenter un pari ambitieux et de rapprocher le musée des Beaux-Arts et le MAC pour coproduire des projets d’expos dans les deux lieux mais aussi dans toute la ville, en associant galeries, écoles d’art et collectionneurs » , explique le maire de Lyon à La Tribune en février 2018. En effet, il s’agit pour le pôle musées de faire collaborer les deux structures mais aussi le tissu artistique local ainsi que l’espace public, afin d’avoir plus d’impact et une scénographie d’une autre ampleur, en répartissant de grandes expositions “événement” dans différents espaces de la ville, et ainsi de faire résonner les acteur de ce tissu. Le Maire de Lyon affiche cette volonté de faire des futures grandes expositions un événement à l’échelle de la ville et non plus d’un seul lieu.

Dynamiser la création contemporaine.


Une des missions de ce pôle muséal et de la nouvelle direction du MAC Lyon est de dynamiser la création contemporaine. La ville de Lyon compte bien y parvenir en renforçant ses liens avec les nouvelles et futures générations d’artistes Lyonnais ainsi qu’avec les structures d’enseignement artistique de la ville. Le rôle du musée d’art contemporain au sein de ces nouvelles dynamiques serait de constituer et d’animer un réel réseau d’art  contemporain sur le territoire.

De plus, les frontières entre les différentes disciplines artistiques sont de plus en plus floues et mouvantes, l’enjeux pour le musée et le pôle muséal est de rester ouverts et alertes de ces mutations. Le pôle musée a donc pour mission de bâtir des projets novateurs qui « font sortir l’art contemporain des seuls musées » . Tout en « donnant une puissance de frappe supérieure pour créer l’éclosion d’une nouvelle génération d’art contemporain ” annonce G. Képénékian à La Tribune en Février.

Le rôle de Mathieu Lelièvre au niveau local et d’Isabelle Bertolotti est d’explorer la création émergente tout en restant attentifs aux réseaux internationaux afin de “ décloisonner les scènes artistiques, les formats et les thématiques d’exposition en mettant les problématiques actuelles de la société, ses enjeux sociologiques et technologiques au coeur de la programmation. ” – Le figaro, Le MacLyon et la Biennale de Lyon changent de tête. Il semble également important de préciser qu’aujourd’hui, à l’ère d’une mondialisation établie, il est évident que les collaborations internationales deviennent presque obligatoires à l’heure de cette ère ouverte. Il est alors
important que les musées, et plus généralement, les structures culturelles, se mettent au travail, dans une synergie commune d’appuie à la création et à la circulation des artistes.

II Nécessité de nouveaux modèles économiques pour les institutions culturelles.

De nouveaux rapports public/privé.

Sylvie Ramond, lors du Débat du Monde Festival revient sur le modèle économique du musée des Beaux-Arts et les changement auxquels il doit aujourd’hui faire face : comptant beaucoup sur les subventions, le mécénat était surtout utilisé pour les acquisitions. Aujourd’hui au sein du MBA, toutes les activités sont mécénées. Cela demande de réfléchir en terme de projets, et d’investir du temps et beaucoup de travail dans ce modèle économique, ainsi que le développement de perspectives plus événementielles pour attirer les financeurs du privés.
La problématique économique tournant autour du ratio subventions publiques /engagement du privé fait face à des changements pour mener vers de nouveaux modèles économiques. Comment les acteurs culturels s’adaptent aujourd’hui, pour être en capacité de jongler avec ces nouveaux enjeux?

L’importance d’une économie de l’immatériel.
Aujourd’hui, serait-il impératif pour les musées de trouver des ressources propres ? Cette notion est déjà présente dans le rapport de la Commission sur l’économie de l’immatériel de Levy-Jouyet, édité en 2006 par le ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, qui soulève les enjeux de la croissance de demain pour les établissements culturels. Selon cette commission, développer les ressource propre d’un musée “donnera les moyens aux établissements de développer une véritable liberté de gestion, en atténuant leur dépendance actuelle à l’égard de subventions publiques aux perspectives de croissance limitée.” La culture doit devenir un secteur d’innovation et impulser de la croissance. Pour cela, le développement d’une identité forte reconnaissable par tous, à l’image de la marque Louvre, semble être un point essentiel.

III Volonté d’un rayonnement international.

Se hisser au niveau des institutions culturelles européennes.
Dans La Tribune, Sylvie Ramond annonce qu’il pourrait être question de réfléchir à un nom commun, dans cette logique d’internationalisation. Dans une interview pour Le Tout Lyon , elle ajoute : “Ça devrait permettre une meilleure visibilité internationale au moment où certaines grandes institutions comme Beaubourg et le Louvre installent des antennes sur la scène internationale et où nous devons faire entendre notre voix.

Elle permet aussi d’offrir à la Ville de Lyon la plus grande collection d’art en France, hors Paris, qui reste le hub de l’offre culturelle française. Il faut peut être rappelé un élément du parcours de Sylvie Ramond, qui candidatait à la direction du Louvre en 2013, et qui n’a finalement pas eu accès au poste. Selon Jean Damien Collin, avec qui nous avons échangé sur le sujet, “elle a proposé le pôle musées d’art et la Ville de Lyon lui a donné à manger sinon elle allait voir ailleurs c’est sur”. La figure de Sylvie Ramond est importante dans le domaine de l’art à Lyon, et cet échange souligne l’importance du “visage des l’institution”, des personnalités qui les portent. Aussi, nous voyons que le Pôle musée d’Art est porté par une ambition personnelle forte de la part de Sylvie Ramond, qui s’ajoute et se lie à l’ambition portée activement par le territoire, en terme politique, économique et touristique.

Et servir des enjeux politiques et économiques à l’échelle du territoire.
En effet, comme nous l’a confirmé Céline Migliore (Direction culture à Lyon Métropole) au cours d’un entretien, l’enjeu du développement à l’international et de l’attractivité est essentiel pour une ville comme Lyon. Cette dernière tisse des partenariats historiques notamment avec la Chine mais aussi avec de très nombreux autres pays, souvent “en développement”. Elle aborde aussi un outil important mis en place pour le rayonnement international de la ville de Lyon : la marque OnlyLyon. Son but premier est dynamiser la compétitivité de la ville de Lyon à l’international, de renforcer son attractivité. C’est la première ville française à faire de son nom une marque. En effet, au sein du marketing territorial, le marketing culturel prend de plus en plus de place : une volonté affirmée par l’Etat, comme le précisait déjà en 2006 le Rapport du ministère de l’economie, des finances et de l’industrie cité plus haut “C’est dans un contexte de contraintes budgétaires internes, de concurrence internationale renforcée et d’opportunités de développement que la question des marques culturelles doit désormais être appréhendée.” Ce rapport évoque aussi le tabou concernant les marques culturelles, ce qui freine le développement des musées, et l’affirmation de leur place à l’étranger.

Une convention plus récente, nommée la Convention Cadre relative au Tourisme Culturel, signée en janvier 2018, par le ministère de la culture et le ministère chargé du tourisme. La culture étant devenue un catalyseur
des stratégies touristiques locales, et cette convention cherche favoriser un rapprochement durable des acteurs de la Culture et du Tourisme, d’engager des actions coordonnées. L’objectif est de sensibiliser les professionnels du tourisme aux enjeux artistiques et culturels, et deuxièmement de sensibiliser les professionnels de la culture à la problématique globale de l’accueil des publics touristiques, aux enjeux auxquels le tourisme est aujourd’hui confronté.

Julou Maëlle , Verdeil Lucie