Le développement et les enjeux de l’art contemporain chinois.

Notre exposé porte sur le développement et les enjeux de l’art contemporain chinois. La présentation se divise en deux parties. La première partie aborde le développement de l’art contemporain depuis 1979 etoffre un aperçu de la situation de l’art contemporain chinois d’un point de vue historique, sociologique, et critique. La deuxième partie traite des problèmes auxquels sont confrontés les artistes et les organisateurs artistiques et culturels aujourd’hui. L’exposition actuelle au MUCEM (Musée des civilisations et de la méditerranée) consacrée à l’artiste chinois Ai Weiwei nous a donné envie d’aborder ce thème en analysant les significations de ses œuvres au regard de sa carrière artistique.

Ai Weiwei est né en 1957 à Pékin et est un artiste aux multiples facettes: sculpteur, plasticien, photographe et architecte. En effet, il a été conseiller artistique pour le renommé cabinet d’architecture suisse Herzog&Meuron lors de la réalisation du Stade National de Pékin pour les Jeux Olympiques d’été de 2008. Les dures conditions de vie imposées par sa famille durant son enfance et adolescence l’ont profondément affecté, il s’inscrit d’ailleurs dans une lignée d’artistes chinois considérés comme « politiquement rebelles »; ce pourquoi il a rencontré quantité de problèmes dans son pays. Ses deux œuvres exposées au MUCEM sont représentatives de son engagement : elles évoquent les thématiques des droits de l’homme et de la répression; de la migration, de la provocation, ainsi que des pratiques iconoclastes.

Aussi, nous souhaitions comprendre la signification de ses œuvres et son choix délibéré de les présenter à l’étranger, mais aussi comprendre la situation du marché de l’art contemporain chinois aujourd’hui ainsi que ses contraintes et opportunités. Pour ce faire, nous nous sommes appuyées sur les travaux suivants : La Critique d’art chinoise contemporaine écrit par Anny Lazarus, des sites internet chinois spécialisés (ART.ZIP, Artlinkart par exemple), des interviews d’artistes à partir de Materials of the Future : Documenting Contemporary Chinese Art from 1980-1990 conduits par l’Asia Art Archive,ainsi qu’un entretien par messagerie électronique réalisé avec une chargée de la mission culturelle à l’Institut Français de Chine de Canton.

Suite à la Réforme et l’Ouverture en 1978, la première génération d’artistes chinois s’est mise à repenser ses créations en s’interrogeant sur la liberté d’expression artistique. A titre d’exemple, le groupe « Les Étoiles » a organisé une exposition en plein air à Pékin en 1979, ce qui a été considéré comme un moment marquant dans les confrontations entre les autorités et les artistes. Avec l’émergence de groupes artistiques à travers tout le pays, le Mouvement 1985 a poussé l’Art au-delà de ses formes conventionnelles en lui insufflant un esprit contestataire. Penché sur des sujets sensibles tels que le sexe, la politique ou encore la violence, l’art contemporain chinois est arrivé à son apogée en 1989 lors de l’exposition « China-Avant-garde ». En 2000, suite à des années de répression, la première biennale d’art contemporain a lieu à Shanghai. Elle est organisée par le Ministère de la Culture suite à un compromis entre les autorités et le milieu de l’Art ; compromis qui s’est établi sur la base que la biennale offrirait une valorisation du territoire et serait source de revenus.

La forte croissance de l’économie chinoise conduit à un phénomène d’industrialisation de l’art chinois contemporain. Quantités de galeries tenues par des Occidentaux s’ouvrent chaque année à Pékin et Shanghai ; et de nombreux festivals artistiques et culturels battent leur plein avec un soutien du service de la Diplomatie Chinoise et des Affaires Étrangères. Fait marquant : l’installation de la zone d’art contemporain 798 à Pékin avec 120 galeries d’art et d’atelier.Et entre 2008 et 2015 les prix des ventes aux enchères internationales ont atteint des montants records, par exemple en 2013, une œuvre d’un artiste chinois Zeng Fanzhi , «Last Supper », une adaptation de la célèbre toile de Léonard de Vinci, a été vendue aux enchères avec un prix 23.3 millions de dollars américaines par la maison Sotheby’s à Hongkong. On remarque d’ailleurs que certains artistes sont animés par la rentabilité financière et sont capables de produire des œuvres en masse. Aussi nous en sommes arrivées à nous poser la question suivante: l’art peut-il et doit-il être industrialisé ? Certe, les artistes pourraient travailler avec les meilleures conditions mais cela va conduire au fait de produire les œuvres en masse sans avoir une pensée spéciale d’un artiste.

Un autre enjeu est celui de la censure de certaines thématiques par l’Administration de la Culture. La censure est toujours utilisée comme un outil pour maintenir et renforcer le régime. Aussi, nombre d’artistes partent s’installer à l’étranger afin de la contourner. L’attitude du Gouvernement envers l’art contemporain est paradoxale : la Constitution mentionne la liberté d’expression et la protection des artistes d’une part, et les sujets tels que la violence, la politique, la nudité ou encore la religion se trouvent censurés d’autres part. Le paradoxe se présente aussi dans le dilemme entre l’ambition nationaliste chinoise d’acquérir un statut important sur la scène artistique mondiale tout en renforçant la censure.

Face aux politiques culturelles chinoise mises en place, les projets culturels artistiques occidentaux ont rencontré quantité de difficultés sur le terrain; ce qui peut s’expliquer par des différences d’interprétations des œuvres occidentales, comme à propos du sujet de la nudité.

L’Art a en effet toujours été un reflet de la situation politique et économique chinoise et l’art contemporain chinois, depuis 40 ans, n’a jamais été un sujet purement « artistique » mais s’est révélé être un instrument à revendications. Ce qui importe est la recherche de la liberté et du dépassement des conventions traditionnelles. Avec le fort développement économique de la Chine; l’expansion du marché de l’art mondialisé et son industrialisation apparaissent inévitables. Notons que l’environnement artistique et culturel connaît de grands avancements ainsi que des replis de manière discontinue. Face au poids de l’histoire de la richesse de la culture chinoise nous pouvons demander en quoi sa préservation et sa mise en valeur constitue un défi pour l’Eat chinois.

Wu Ludan, Zhao Keer