La taverne Gutenberg

« Il y a deux ans, j’ai visité La Taverne de Gutenberg qui m’avait paru être un squat culturel et artistique». C’est avec cette première impression que nous sommes allées visiter l’exposition temporaire: « Ici et maintenant », exposée en ce moment (le 6 septembre 2017)à la Taverne de Gutenberg.

La Taverne de Gutenberg est une association lyonnaise, née en octobre 2015. Elle est créée par deux designers : Maïa d’Aboville et Henri Lamy.  Elle se situe rue de l’épée dans le septième arrondissement de la ville de Lyon. Le projet devait initialement durer trois mois, en occupant une maison vacante, durant le changement de propriétaire. C’est le père d’Henry Lamy, Pierre Lamy, qui devient le propriétaire des lieux et qui laisse fleurir le projet culturel et artistique, porté par l’association. Il décide de continuer l’aventure  au-delà des trois mois prévu, car les retours du public sont positifs et encourageants. On peut découper son histoire et ses activités en deux parties. La première va de sa création en octobre 2015 jusqu’aux travaux de rénovation en février 2016, puis la seconde partie se déroule de février 2016 jusqu’à aujourd’hui.

Ce lieu a plusieurs activités, au rez-de-chaussée se trouve un bar associatif et un espace galerie, le premier étage sert de salles d’exposition et le deuxième étage accueil des résidences artistiques. L’association essaie lors de sa première phase de s’ancrer dans le quartier, en tissant des liens avec les habitants et les associations du quartier. La Guillotière est classé en quartier politique de la ville (QPV). C’est donc dans ce contexte que l’on s’est demandé : Pourquoi un lieu artistique et culturel veut s’ancrer dans un quartier, en travaillant avec les habitants et en les accueillant ?

Pour commencer nous allons voir que la Taverne de Gutenberg à suivi les axes prioritaires que la ville s’était fixée dans le Contrat de Ville du quartier Moncey-Voltaire 2015. Elle affichait donc une volonté d’intégration assez forte en tant que moteur social.

-Initiatives citoyennes: en encourageant les acteurs du quartier à se retrouver pour échanger, en mettant à disposition la salle d’entrée.

-Insertion professionnelle des 16-25 ans: en prenant des stagiaires, et services civiques de ces tranches d’âge.

-Diversité culturelle: en accueillant des fêtes culturelles diverses et propres aux différents habitants.

-Offre de loisir complémentaire des 3-16 ans: en organisant des ateliers ouverts lors de certains temps périscolaires.

Le développement des actions sociales était bien présent lors des premiers mois, mais fût de courte durée. Après la rénovation du lieu pour une mise aux normes, nous avons constaté que les activités ne se sont plus renouvelées. Pourquoi y a-t-il eu un arrêt des relations sociales, artistiques et culturelles, avec les habitants ?

Cette volonté de découvrir son environnement et d’échanger avec, a disparu. L’explication financière est avancée, sur le fait de ne plus vouloir continuer à travailler bénévolement dans l’intégration social, car aucuns résultats directs n’étaient apportés. Il y a donc ici un choix d’axer le travail sur une légitimation de la structure dans le monde de l’art.

Après quelques recherches, nous trouvons qu’il existe certaines incohérences dans cette structure. Tout d’abord, c’est l’absence de médiation et de médiateur. Pour un public de non initié à l’art contemporain la visite du lieu nous a surpris, les plaquettes de présentation indiquaient peu d’éléments. Lors de l’entretien avec le salarié de l’association Guillaume Sénéchal, il nous avoue qu’au niveau de la communication, il se focalise sur une médiation internet, en particulier Facebook. Lors d’une recherche sur le moteur Google avec pour mots clefs “Taverne de Gutenberg”, la majorité des liens des deux premières pages sont des articles publiés en 2016, ce qui est contraire à une stratégie de médiation internet. Pour leurs événements, ils impriment aussi des flyers, mais ces flyers ne sont pas encore assez distribués dans divers endroits. Ces moyens de communication limités mènent à une composition homogène du public, et manque de diversité. Il ne manque en effet pas de public, en vue de leurs 9800 abonnés sur Facebook et 500 visiteurs pendant les soirées. Ils sont conscients que le public reste toujours le même, et que c’est leurs abonnés qui reçoivent leur newsletter. C’est dommage qu’ils ne profitent pas la position où il se trouve pour attirer plus de public différent.

La deuxième partie de notre recherche est sur l’exposition “Ici, Maintenant”, exposée du 14 septembre au 29 octobre, en Résonance avec la Biennale d’art contemporain de Lyon 2017. C’est une exposition collective qui réunit 10 artistes français et internationaux: Nawelle Aïnèche, Jim Céladon, Henri Lamy, Mauricio Masoli, Daniel Ears O’toole, Pauline Repussard, Dorothée Richard, Laurent Perche, Nabil Tazi, V2M. Elle présente des œuvres variées: peintures, sculptures, photographies… En plus sont organisés des “temps forts” pour animer l’exposition comme des théâtres improvisés, des visites guidées, des projections, des workshops… L’exposition a attiré environ 500 nouvelles personnes durant ces quatre premières semaines. D’après Guillaume Sénéchal, c’est plutôt un nouveau public qui s’est présenté. C’est la première fois que La Taverne de Gutenberg organise une exposition en résonance avec la Biennale. Ils ne nous ont pas déclaré officiellement pourquoi ils avaient envie d’être en partenariat avec la Biennale d’Art contemporain, mais nous pouvons imaginer qu’avec les chiffres de fréquentation en hausse, leur but est d’attirer plus de nouveaux visiteurs et d’encourager de visiteurs potentiels qui n’ont jamais visité leur galerie. Non seulement la réputation de la Biennale les aide, mais également le fait de diversifier les œuvres exposés, de créer des temps forts, attire un nouveau public.

Il y a donc une continuité sur une légitimation de la Taverne de Gutenberg au sein du monde de l’art contemporain. En tant que structure plus officielle, elle tisse des contacts avec de plus en plus de structures institutionnelles quitte à ne plus suivre son projet initial : être une force motrice au niveau de son quartier.

Xuedi Chu et Tanina Bolze-cherifi

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