La place des femmes artistes dans les musées d’art moderne et contemporain

Amélie Beaury-Saurel, Nos éclaireuses (1914)

Force est de constater qu’aujourd’hui encore la parité est loin d’être présente dans les salles de musée. Comment expliquer cela? Est-ce parce que les femmes n’ont pas été créatrices ou novatrices dans le domaine de l’art? Ou plutot parce que celles-ci ont été écartée de l’Histoire de l’art, la lumière étant toujours plutôt mise sur les hommes?

Actuellement, les femmes sont largement majoritaires dans les écoles d’art, pourtant seuls 20% des artistes qui vivent de leur production sont des femmes et 19 femmes comptent parmi les 500 artistes les mieux côtés de la planète.

En terme de musées:

  • 27 femmes artistes sont exposées au Louvre.
  • 7 % de femmes artistes au Musée d’Orsay
  • 18 % de femmes artistes en 2009 au Centre Pompidou
  • 5% de femmes artistes dans la section “Modern Art” au Met Museum
  • 7% d’œuvres faites par des femmes au MoMa

Comment palier à cela? Comment leur redonner une reconnaissance et réécrire l’Histoire de l’art en les y intégrant?

Originellement, le musée désignait "une petite colline d'Athènes consacrée aux Muses". Actuellement, le musée est un "Établissement ouvert au public où sont conservés, répertoriés, classés des objets, des documents, des collections d'intérêt artistique, scientifique ou technique, dans un but socioculturel, scientifique et pédagogique".

 

COURTE CHRONOLOGIE

Irène, fille de Cratinus / Sofonisba Anguissola, Autoportrait (1656) / Rosa Bonheur par E. Disdérien (1865)

 

Durant l'Antiquité, les femmes artistes sont le plus souvent formées par leurs pères, eux-mêmes artistes. Au Moyen Âge, il est plutôt question d'artisanes, telles que des fileuses de soie, brodeuses et tapissières. Puis la  Renaissance marque un tournant en Europe et des figures italiennes comme Sofonisba Anguissola et Artemisia Gentileschi se démarquent.

Côté français, la période des Lumières voit naître de nouveaux salons, lieux d'émancipation pour les femmes artistes, les femmes commencent enfin à pouvoir exercer leur art. Arrive ensuite la Révolution Française, prônant l'égalité entre les Hommes mais refusant la citoyenneté aux femmes, celle-ci opère une régression dans la quête vers l’égalité hommes-femme.

Le XIXe ne sera pas plus favorable aux femmes artistes, les réduisant la procréation plutôt qu'à la création. Rosa Bonheur se démarque et devient la 1ère femme à recevoir la Légion d'Honneur pour fait artistique. Au début du XXe, les femmes sont enfin acceptées aux Beaux-Arts et au Prix de Rome, tandis que beaucoup de femmes artistes européennes voguent vers les Etats Unis.

L'absence des femmes dans l'Histoire de l'Art résulte ainsi d'un manque d'accès à l'apprentissage et d'une Histoire écrite par les hommes.

ART FEMINISTE ACTIVISTE

Guerrrila Girls, Do we have to be naked To cet into the Met. Museum ? (1985)

L’art féministe apparaît dans les années 60-70, c’est un mouvement qui a pour but de produire un art qui reflète les vies et les ressentis des femmes, il remet en cause le modèle patriarcal et la domination masculine au sein de la production artistique et de l’histoire de l’art. Judy Chicago sera pionnière au sein de ce mouvement.

En 1971, Linda Nochlin, autre figure féministe importante, publie un article qu’elle appelle “Why Have There Been No Great Women Artists?”. Cet écrit va boulverser le monde artistique de l’époque, car il met réellement en évidence que les femmes ont été oubliée de l’histoire de l’art car celle-ci a été écrite par des hommes.

En 1985, à New York, un groupe d’artistes féministes activistes appelées les Guerrilla Girls font leur apparition.  Elles mènent des actions afin de promouvoir la place des femmes et des personnes racisées dans les arts, leurs actions principales sont celles de créer des affiches afin de dénoncer les inégalités dans le monde de l’art.

Depuis, d’autres associations, collectifs et unions de femmes artistes se sont formés comme par exemple le groupe “La Barbe” mais également des initiatives plus locales comme le club des Cyber Sistas, pour n’en citer que 2.

Certains historiens de l’art et chercheurs sont de l’avis que les regroupements de femmes vont permettre d’affirmer que le talent artistique et le professionnalisme ne sont pas des valeurs masculines. Ces associations de femmes permettent la reconnaissance de leur talent artistique, la mise en lumière et la revendication de leur art. Ce propos est nuancé par d’autres chercheurs et historiens de l’art, parlant plutôt d’essentialisation et de généralisation des femmes artistes.

SOLUTIONS À LA SOUS-REPRÉSENTATION DES FEMMES DANS LES MUSÉES INSTITUTIONNELS

MUSÉES DE FEMME

Les musées de femmes apparaissent après la Seconde Guerre mondiale, en Occident notamment. Selon, l'international Association of Women's Museum, ils "préservent et encouragent les pratiques culturelles des femmes, dissipent les préjugés et contribuent au respect des femmes et des droits humains. Ils sont le miroir de la société et aussi du changement du monde."

La chercheuse Julie Botte distingue plusieurs objectifs de la part de ces musées. Certains gardent les codes des musées traditionnels et cherchent à préserver et reconnaître le patrimoine. D'autres, sont d'avantages dans l'échange avec les publics et souhaitent donner la parole aux femmes, artistes comme spectatrices. D'autres encore valorisent les minorités (sexuelles, ethniques et culturelles) tandis que certains sont très activistes politiquement. Julie Botte questionne aussi l'idée supposant que ces musées pourraient poursuivre l'exclusion des femmes dans l'art, les cantonnant dans des espaces pour elles uniquement.

EXPOSITIONS DANS LES INSTITUTIONS MUSÉALES

Camille Morineau, comissaire d’expositions au Centre Pompidou en 2009, organise une exposition-collection appelée elles@centrepompidou, qui n’expose que des artistes femmes, avec plus de 500 œuvres réparties sur 2 étages du Centre Pompidou. Elle reste aujourd’hui une référence.

Cette exposition a été une occasion pour le musée de compléter sa collection par de nouvelles acquisitions et d’y introduire de nouvelles artistes.

Cette exposition ne se présentant pas comme une exposition féministe, il lui a été reproché de ne pas vouloir s’affirmer dans le combat féministe.

Il a également été reproché à cette exposition de mettre les femmes dans un ghetto, ce qui ne dessert pas leur cause, au contraire, l’exposition les mettrait dans une bulle à part entière qui essentialiserait leur art en tant qu’art féminin.

Plus tard, Camille Morineau devient commissaire d’exposition à la monnaie de Paris, La Monnaie de Paris ambitionne alors de monter une exposition 100% féminine tous les deux à trois ans. La première est “Women House” en 2017-2018. Il s’agit d’une exposition organisée en partenariat avec le National Museum of Women in the Arts (NMWA) et la Monnaie de Paris.

En ce moment, une seconde exposition “féminine” à lieu la Monnaie de Paris, dédiée à Kiki Smith.

De plus en plus d’expositions dédiées aux femmes artistes sont aujourd’hui organisées, par exemple sur Sheila Heiks en 2018 au Centre Pompidou, Berthe Morisot au Musée d’Orsay, Computer Grrrls à la Gaîté Lyrique etc.

On constate que les femmes sont de plus en plus nombreuses dans des expositions monographiques mais elles ne le sont pas encore dans les collections permanentes des musées, ni dans les expositions thématiques. Souvent les artistes femmes ont été beaucoup moins achetées que les hommes artistes, parce qu’elles n’étaient pas ou moins connues, beaucoup moins visibles de leur temps.

C’est en partie pourquoi Camille Morineau a co-fondé l’association AWARE en 2014 (Archives of Women Artists, Research and Exhibitions). Le but de cette association est de créer une base de données avec toutes les artistes femmes qui ont marqué le 20e siècle, et ainsi replacer les femmes au sein de l’Histoire de l’art en leur donnant ou leur redonnant une visibilité.

La place des femmes artistes à donc beaucoup évolué depuis les siècles passés, avec désormais un accès aux même formations que les hommes et d'avantage de reconnaissance. Pourtant, elles demeurent moins exposées et vendent leurs oeuvres moins cheres que les hommes. Et s'il est impossible de parler d'art contemporain sans évoquer les femmes artistes, il est fréquent de retracer l'histoire de l'art sans les mentionner. Il est ainsi nécessaire de repenser cette histoire le plus souvent écrite par des hommes. Les initiatives de revalorisation des femmes artistes nous amènent cependant à questionner la pertinence de certaines solutions mise en place. Ne confinent-elles pas les femmes artistes entre elles? Ou au contraire ne sont-elles pas un premier pas vers leur mise en lumière et vers une parité dans les salles de musées?

Ana Stervinou et Tania Guerrero Alburquenque

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