“Dilili à Paris”, une ode à la culture pour les petits et les grands.

Nous avons choisi de nous intéresser à “Dilili à Paris”, le nouveau film d’animation de Michel Ocelot, sorti le 10 octobre 2018. Nous le traiterons comme un enjeu dans le monde de la culture en se concentrant sur le contenu et la forme artistique et non comme un événement (entrées, salles, spectateurs, promotion). Nous avons choisi ce sujet car il est en lien avec le monde du cinéma et le jeune public qui sont deux thèmes qui nous tiennent à cœur mais également car c’est un film qui aborde de nombreuses thématiques : les femmes dans la société, l’esclavage, le racisme, le “regard sur”, la promulgation du savoir et le rapport aux artistes, dans des décors et ungraphisme d’un grande qualité esthétique. Dilili est alors “une fable qui mêle enquête policière, célébrités du début du XXème siècle et convictions féministes.” Après s’être intéressé à la vie et la filmographie de Michel Ocelot, le “papa de Kirikou”, caractérisé par sa façon de raconter des contes du monde entier, ainsi qu’à l’histoire du film d’animation, née en France, nous allons nous questionner sur comment le films d’animation français brise l’image “destiné aux enfants” et s’adresse autant aux petits qu’aux plus grands? Pour ce faire nous avons orienté notre réflexion sur 3 grands thèmes à savoir : Michel Ocelot ne fait pas des films (uniquement) pour les enfants, puis le message très affirmé de ce film, et enfin la démocratisation du film d’animation français (pour les plus grands)

Une fois le choix fait de la revue presse pour notre sujet, nous avons cherché nos articles via des mots  clés comme “Dilili à Paris”, “films d’animation français”, “Michel Ocelot” sur internet et sur la base de données de l’université afin de constituer notre corpus. Nous avons fait le choix de sélectionner des articles autour de la parution du film : d’abord au festival d’Annecy 2018 puis de sa sortie officielle en salle le 10 octobre 2018. Les articles vont du 8 juin 2017 au 16 octobre 2018 à l’exception du Hors-série de Télérama de novembre 2016, que nous avons considéré pertinent de conserver car il traitait déjà de Dilili à Paris et des thématiques présentent dans les articles plus récents. Notre revue de presse est composée de 16 articles venant de la presse généraliste et spécialisée dans le secteur du cinéma. Nous y ajoutons deux supports hors revue de presse, qui nous ont aidé à construire notre réflexion : le livre « Kirikou et après… 20 ans de cinéma d’animation en France » écrit par Jean-Paul Commin, Valérie Ganne, Didier Brunner, (paru chez Actes Sud junior, en collaboration avec l’Institut Lumière, 2017) et l’Interview Arte “ »Dilili à Paris » : rencontre avec Michel Ocelot” disponible en VOD du 28/09/2018 au 30/09/2021. De ces 16 articles : 3 sont issus de Télérama (dont le Hors-série), 4 de France Inter. Issus de la presse généraliste (comme France Inter) nous répertorions également : Le Point, Le Point Afrique, RFI, RCF, Le Monde, Bretagne Actuelle. Issus de la presse spécialisée (comme Télérama) nous disposons également de : Première, Positif, La septième obsession.

Nous avons souhaité récolter des articles de presse généraliste et spécialisée car nous avons supposé qu’ils ne traitaient pas le sujet de la même façon, que cela nous permettrait d’accéder à différentes informations. En effet au niveau du contenu, la presse spécialisée se concentre davantage sur le côté artistique et le sujet du film “Dilili à Paris”, tandis que la presse généraliste s’intéresse autant à la dimension économique et prend le genre du film d’animation en considération pour son sujet. Quant à la forme, la presse généraliste joue davantage sur les formes de médias : audio par la radio, vidéos, articles et entretiens avec le réalisateur, tandis que la presse spécialisée reste plus classique avec des articles, critiques de film et entretiens avec le réalisateur. Nous avons pu répartir les articles au sein de notre analyse en fonction des thématiques qu’ils traitaient. Ainsi un même article peut se retrouver cité dans plusieurs parties. Nous avons fait cette répartition en fonction de la ou les thématique(s) les plus évoquées dans chaque article (cf le tableau ci-dessous). De plus, nous avons choisi d’analyser ce corpus à travers une analyse de discours.

Le Naour Virginie, Millet-Ursin Théo.

Dans un premier temps, nous voulons démontrer que Michel Ocelot ne fait pas des films (uniquement) pour les enfants. Et tout d’abord il cherche à créer “des récits accessibles aux enfants comme aux adultes”. Grâce à sa magie créative, sa capacité à créer, et mettre en images des contes fabuleux, les films de Michel Ocelot peuvent plaire à tous les âges. D’ailleurs “le vrai succès d’un film naissait d’une lecture parallèle pour adultes et enfants”. Enfin “Dilili à Paris” est selon les auteurs des articles “un véritable objet culturel à partager entre les enfants et leurs parents” (Télérama), et “à voir seul, entre adultes, ou avec ses enfants” (Bretagne Actuelle). Nous pouvons ensuite souligné l’idée que Michel Ocelot ne fait pas des films pour les enfants et le dit lui-même “Je n’ai jamais fait de films pour enfants” (RFI). Il donne aux enfants une volonté d’apprendre, et d’aller plus loin, une certaine curiosité qui justifie que ses films soient plus qu’un simple dessin animé. Dans une interview sur France Inter, il nous dit “on m’a gravé sur le front “enfants” parce que je fais du dessin animé, à l’époque ça me rendait mécontent. Mais maintenant j’en joue : les adultes viennent sans se méfier et je les fais pleurer” comme un Cheval de Troie , des films “bourrés de graines d’idées qui vont germer.

Enfin, nous achevons cette première partie en mettant en avant la simplicité et l’universalité des films de Michel Ocelot comme “Dilili à Paris”. Selon les articles ces films sont “des choses simples, sans rendus hyper réalistes, ni mouvements d’appareils compliqués” (Positif) et pourtant mettent en place “une bien étrange alchimie qui vise l’universalité” dans le but de créer ses contes humanistes. On arrive pourtant à se demander “Dilili à Paris est-ce vraiment pour les enfants?” (Le Point).

Dans la seconde partie, qui s’intéresse au message plus affirmé de “Dilili à Paris” par rapport aux précédents films de Michel Ocelot, nous nous penchons sur la façon dont il nous transmet des messages à travers ces contes. Son nouveau film est caractérisé dans la presse par le féminisme défendu et animé par Michel Ocelot. Toujours fidèle à la qualité esthétique et artistique qu’on connaît de ces films, on peut lire que “Dilili à Paris” est “un manifeste artistique, antiraciste et féministe”, “une célébration de la culture de l’échange et de la libération féminine” (Télérama), “une ode à la culture et à la raison contre tous les obscurantismes” (Le Point). Il mêle alors avec ce nouveau film dimension politique et dimension poétique en faisant appel à pleins d’artistes “en faveur de l’émancipation féminine” dans le but de “réenchanter le monde” et de “dénoncer l’oppression des plus faibles mais avec éclat et élégance” (France Inter). Quand il traite d’un sujet, le réalisateur y met ses “tripes”. “Son être profond s’investit entièrement dans ses créations” (France Inter). Dans ce nouveau film, on trouve “un homme en colère [qui] s’élève contre la bêtise […] le racisme, et les injustices faites aux femmes” (Positif), qui veut “bousculer le spectateur” (Le Point) “quitte à sacrifier la subtilité qui fut propre à ses précédentes oeuvres”. (Le Monde)

En effet, il est intéressant de voir les mots employés pour témoigner de la plus ou moins forte subtilité du message du film en soulignant qu’avec Dilili, les journalistes s’autorisent à utiliser “dénoncer” quand il parle du sujet traité quand Kirikou et Azur et Asmar ne faisait “qu’évoquer” les ravages d’un viol et l’intolérance. Cependant même si Ocelot fait des films pour les grands et les petits, il privilégie dans ces films cette figure de l’enfant pour transmettre un message : Kirikou, Azur et Asmar, et Dilili. On note au fil des articles une certaine relation entre l’enfant plein d’ambition, de volonté, de curiosité qui se lance dans une grande aventure mais qui peut quand même compter sur l’aide de certains adultes. Dans ce cas précis, Dilili ne se lance pas seule dans la poursuite des “Mâles-Maîtres” qui ne sont plus depuis bien longtemps des enfants, elle est aidée des plus grandes figures du début du XXème siècle : Marie Curie, Emma Calvé, Colette, ou Louise Michel. On retrouve d’ailleurs cette relation entre l’enfant et l’adulte dans le public, puisqu’avec ce film le parent va se muter en une sorte de médiateur/professeur pour expliquer à l’enfant qui sont ces personnes par exemple. Enfin Michel Ocelot aimerait “déclencher des discussions et réactions utiles” sans “ajouter de la laideur à celle qui existe déjà” (Le Point Afrique).

Dilili à paris – de Michel Ocelot

La dernière partie est centrée sur la démocratisation du film d’animation français et comment il atteint le public des plus grands. Tout d’abord il faut noter un “avant et un après Kirikou”. Le film marque “un tournant décisif pour le film d’animation français” et Michel Ocelot “relance en France un secteur trop peu considéré” (La Septième Obsession). En effet, “tout le monde a aimé Kirikou, sa mère, son grand-père, son village, Karaba…Cette oeuvre s’est vendue dans tous les pays du monde. Kirikou parle, et c’est impressionnant, presque toutes les langues du monde” (Le Point Afrique).

On se rend alors compte du pouvoir créatif des réalisateurs français, et des possibilités que permettent les films d’animation. On parle alors de la révolution Kirikou et on se “donne les moyens de proposer des films plus souvent tout en conservant une offre diversifiée […] libre des contraintes du marketing” (France Inter). Est alors mise en place une politique volontariste des pouvoir publics menée par le CNC et l’Etat, pour soutenir la production de films d’animation. On note que “l’animation française est le premier genre télévisuel exporté dans le monde” (France Inter) et que la “création dessinée française est multiple, variée” (France Inter).

Enfin au-delà du film d’animation, Dilili, dont le succès a été immédiat, dès son avant-première à Annecy en juin, a été choisie par l’Unicef “comme icône de sa campagne pour le droit des filles” (RFI) avec un clip réalisé à partir d’images du film entre autre, et rythmé par le voix et la façon de parler bien à elle qu’a Dilili. On remarque enfin que dès les années 2000 un cinéma d’animation à destination des adolescents et des adultes se développe à partir de jeux vidéos, de bandes dessinées, et grâce à des effets spéciaux plus évolués.

Dilili à Paris – de Michel Ocelot

A partir de cette revue de presse, consacrée au nouveau film d’animation de Michel Ocelot “Dilili à Paris” nous avons voulu démontrer une certaine démocratisation du film d’animation français. Il ne s’adresse plus seulement aux enfants, mais à un plus large public à travers plusieurs niveaux de lecture : de la qualité esthétique et artistique du film, aux messages qu’il délivre. Après les avoir interrogés, nous avons constaté que nombreux étaient les étudiants de la classe qui avaient vu au moins un film d’animation cette année, parmi ceux que nous leur proposions entre autres, mais que seulement trois d’entre eux avaient vu un film d’animation français (Dilili à Paris, Croc-Blanc, Mutafukaz, Ernest et Célestine, Zombillénium et Drôles de Petites Bêtes). Ensemble nous avons soulevé des questions, des thématiques, des constats et des réflexions. Ce petit nombre de visionnage d’un film d’animation français est-il dû aux fonctionne-ments différents aux Etats-Unis et en France, autour des questions de marketing commercial par exemple (produits dérivés)? Nous avons discuté des ressemblances entre film d’animation français et japonais (films d’animation plus engagés, autour de la nature comme dans les films de Miyazaki, avec une esthétique très travaillée) face aux studios américains. Est-ce une particularité du cinéma d’animation français d’être « si dénonciateur ou engagé » comme les films de Michel Ocelot?

Concernant « Dilili à Paris », beaucoup sont revenus sur ces choix : pourquoi une kanak, quel intérêt, surtout si “francisée” (elle parle mieux français que la plupart des français et est habillée comme une princesse)? Cela nous a permis de nous rendre compte que le fait d’avoir vu le film, contrairement à nos camarades de classe qui n’ont vu que la bande annonce, projetée en début d’exposé, change notre perception des choses. La Belle Époque est-elle « si belle »? Pourquoi le réalisateur passe sous silence le coloni-alisme et tous les aspects négatifs de cette période? Ce à quoi nous avons répondu que Michel Ocelot faisait ses , films comme des contes de fées et n’omettait pas cette dimension de la “Belle Époque”, d’ailleurs brièvement présente dans le début du film. Autant de questions et de remarques sur la forme, le fond, l’économie et le rôle du réalisateur. Après ces échanges fructueux, nous avons pu constater à l’échelle de notre classe que la classification « film d’animation pour adulte » ou « film d’animation pour enfant » n’avait pas de réel impact sur leur pratique. Il serait alors intéressant de regarder du côté des journalistes et critiques de films, qui eux semblent avoir du mal avec les films difficiles à catégoriser.

Le Naour Virginie , Millet-Ursin Théo.

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