La réduction des contrats aidés

 

Nous avons choisi de travailler sur la réduction des contrats aidés et l’impact de cette mesure sur le milieu culturel. Nous avons vite compris que le gel des contrats aidés soulevait un certain nombre de problèmes. Nous nous sommes alors demandé :

En quoi les mesures prises par le gouvernement sur les contrats aidés ont-elles un impact sur le milieu culturel ? Et de manière plus globale, de quelle manière le milieu culturel peut-il être directement impacté par des décisions prises par le gouvernement ?

 

17 articles composent notre corpus, issus des journaux suivants :  Petit Bulletin, Ouest France,La Gazette des communes,LeBerry Républicain, Le Progrès, Les Échos, Le Monde, Le Télégramme, La Dépêche du Midi, France Info.

 

Présentation des contrats aidés

 

Sur le site du web du Ministère du Travail, nous pouvons trouver la description des quatre types de contrats aidés (http://travail-emploi.gouv.fr/emploi/insertion-dans-l-emploi/contrats-aides/). Ces contrats s’adressent aux publics éloignés du marché du travail (demandeurs d’emploi de longue durée, jeunes en grande difficultés). L’embauche et l’accompagnement sont encadrés et appuyés financièrement par l’état. Nous trouvons ainsi : les emplois d’avenir, le contrat unique d’insertion – contrat d’accompagnement dans l’emploi (CUI – CAE), le contrat unique d’insertion – contrat initiative emploi (CUI – CIE), ainsi que le contrat starter.

 

Les décisions du gouvernement

 

Le gouvernement a annoncé cet été le gel des contrats aidés, jugés « coûteux et peu efficaces. » Cette mesure prise en période estivale sans aucune discussion avec les acteurs concernés a créé la politique, notamment dans le secteur culturel qui nous intéresse particulièrement ici. Les conseillers Pôle Emploi, qui se chargent de signer les conventions entre l’État et les structures, ont donc eu de mauvaises nouvelles à annoncer du jour au lendemain. Ce qui a surtout surpris et alimenté la polémique a donc été la manière dont cela a été fait : sans préavis, sans discussion avec les secteurs concernés et sans solution en échange, rien pour remplacer ces contrats non renouvelés.

 

En 2016, 460.000 contrats aidés avaient été signés. En 2017, durant la présidence de François Hollande, une forte baisse avait été décidée avec 270.000 contrats prévus. Or, une majeure partie de ces contrats ont été accordés durant le premier semestre de l’année. Lorsque que le mandat d’Emmanuel Macron a alors commencé, il ne restait plus assez de contrats possibles pour le deuxième semestre au vu de la demande. Ceci a constitué le premier mouvement de panique. Pour régler les situations les plus délicates, le gouvernement a alors créé environ 40.000 contrats supplémentaires élevant ainsi le chiffre total à 310.000 contrats pour l’année, ce qui représente tout de même 150.000 contrats de moins qu’en 2016. Enfin, pour 2018, le gouvernement Philippe indique assez clairement vouloir réduire ce chiffre à 200.000 contrats ; raison pour laquelle de nombreux contrats n’ont pas été renouvelés.Pratiquement tous les secteurs sont concernés et notamment les plus gourmands en contrats aidés comme celui de la culture.

 

Pourquoi cette réduction ? Le gouvernement maintient que ce système est trop cher et peu efficace. Le but de ces contrats est d’aider les gens à s’insérer sur le marché du travail. L’année dernière, cela a couté plus de 4 milliards d’euros à l’Etat qui explique que le chômage n’a pas beaucoup baissé.

Le gouvernement maintient le dispositif à un niveau de 200 000 pour 2018 mais le resserre : les entreprises privées qui les utilisaient n’y auront plus droit. Ensuite, il cible les contrats aidés sur des secteurs prioritaires : l’urgence sanitaire et sociale (c’est à dire les associations de lutte contre la pauvreté ou d’aide d’urgence) ou encore l’accompagnement des enfants handicapés en milieu scolaire. L’outre-mer aussi sera privilégiée. Le gouvernement promet aussi d’être plus regardant sur ceux qui en bénéficieront : il réserve ces contrats aux jeunes et aux moins qualifiés. Par ailleurs, le terme « contrat aidé » pourrait bien disparaître pour laisser place aux « parcours emploi compétences », relativement similaires.

 

Les impacts sur le milieu culturel

 

Romain Blachier, adjoint à la Culture et au Numérique à Lyon 7e et membre de la commission culture d’Emmanuel Macron, a alerté la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, et son directeur de cabinet Marc Schwartz : « Je pense qu’il s’agit avant tout d’une méconnaissance du dossier. Il n’y a que dix conseillers par ministre, ils n’ont pas une vision à 360 degrés. La fin du contrat aidé dans l’industrie ou l’entreprise n’est pas
forcément une bêtise. Dans la culture, c’est différent, je ne suis pas pour leur suppression brutale, les plus petites structures vont pâtir de cette décision. »

 

Le milieu culturel se trouve en effet directement impacté par les décisions du gouvernement puisque de nombreuses structures et associations avaient recours aux contrats aidés. Le corpus d’articles de presse relate des témoignages de personnes qui se retrouvent sans emploi ou qui doivent fermer leur structure par manque de moyen et de personnel.

 

Romain Blachier précise la complexité de ces contrats dans le milieu culturel : « Malheureusement, {ils} sont souvent détournés. Il ne faut pas que le CAE soit un moyen de subvention déguisé : est-ce normal que, pendant vingt ans, une compagnie n’embauche que des CAE sans jamais les intégrer en CDI au bout de deux ans ? Ne devrait-on pas créer un contrat moins hypocrite, changer la forme ? ».

 

En effet, les contrats aidés dans le milieu culturel n’étaient pas toujours réellement adaptés à la situation des personnes mais apparaissaient souvent être l’unique solution pour permettre une embauche.

 

Conclusion

 

Ce type de contrat permet à des petites structures de pouvoir embaucher des employés qu’elles n’auraient pas pu rémunérer sans contrat aidé.

En gelant les contrats aidés ce sont les employés, les PME, les associations et les collectivités locales qui se trouvent touchés. Ces contrats sont essentiels pour maintenir le tissu associatif et culturel qui n’a pas toujours les moyens de rémunérer le personnel nécessaire, notamment dans un contexte qui voit les subventions publiques souvent en baisse.

 

Le problème principal de cette décision du gouvernement a été la brutalité de sa mise en œuvre et le fait que rien ne soit pour l’instant proposé en échange. Il est important de noter tout de même que dans le milieu culturel, il est vrai que de nombreux contrats aidés avaient été signés par manque de moyens financiers de la part de l’employeur, souvent associatif, et non par réel éloignement du marché du travail de l’employé. Dans le milieu culturel, ce contrat n’est donc pas forcément la solution idéale, ou du moins la plus adaptée au contexte, mais il était un moyen très utile de maintenir la vie associative et culturelle à moindres coûts pour les structures les plus en difficulté. Il apparaît nécessaire de trouver une alternative afin de pallier aux difficultés créées par la suppression de nombreux contrats aidés.

 

Cette question d’actualité permet de mettre en relief la précarité du milieu culturel, notamment le réseau des petites et moyennes associations. Cela montre aussi à quel point une décision gouvernementale peut impacter de manière rapide et violente tout un milieu. Le secteur culturel n’apparaît toujours pas être une priorité politique, même si des promesses de solutions ont été prononcées par la ministre de la culture, Françoise Nyssen. Mais, cela soulève surtout la question plus générale du rôle de l’État dans le milieu culturel.

 

Lola Rodamel & Fanny Dessaix

Corpus articles contrats aidés

Classement par ordre chronologique

 

 

  • Nicolas Bros, « Le Musée du vieux Saint-Étienne contraint de fermer », Le Petit Bulletin, Édition de Saint-Étienne, {En ligne} publié le 31/08/17

Accès :http://www.petit-bulletin.fr/saint-etienne/infos-article-58686-Le+Musee+du+vieux+Saint-Etienne+contraint+de+fermer.html

 

  • Nadja Pobel, « Les clochards célestes. Louise Vignaud : « du temps pour créer ! » », Le Petit Bulletin, Édition de Lyon, {En ligne} publié le 05/09/17

Accès :http://www.petit-bulletin.fr/lyon/theatre-danse-article-58699-Louise+Vignaud+++++Du+temps+pour+creer+!++.html

 

  • Raphael Bloch, « Contrats aidés : les secteurs les plus touchés par les suppressions », Les Échos, {En ligne} publié le 05/09/17

Accès :https://www.lesechos.fr/economie-france/social/010209264852-contrats-aides-les-secteurs-les-plus-touches-par-les-suppressions-2111793.php

 

  • Sébastien Broquet, « Édito », Le Petit Bulletin, Édition de Lyon, N°889 du 06/09 au 12/09/2017

 

  • « Emplois aidés : des questions sans réponse », Éditorial, Le Monde, {En ligne} publié le 09/09/17

Accès :http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/09/09/emplois-aides-des-questions-sans-reponse_5183331_3232.html

 

  • Julie Hainaut, « Gel des contrats aidés : la culture fortement impactée », Le Petit Bulletin, Édition de Lyon, {En ligne} publié le 12/09/17

Accès :http://www.petit-bulletin.fr/lyon/infos-article-58806-Gel+des+contrats+aides+++la+culture+fortement+impactee.html

 

  • Geoffrey Gaye, « L’inquiétude règne à la MJC », Le Progrès,{En ligne} publié le 13/09/17

Accès :http://c.leprogres.fr/rhone/2017/09/13/l-inquietude-regne-a-la-mjc

 

  • Jean-Baptiste Auduc, « Contrats aidés en baisse : la culture en berne », Le Petit Bulletin, Édition de Grenoble, {En ligne} publié le 15/09/17

Accès :http://www.petit-bulletin.fr/grenoble/infos-article-58895-Contrats+aides+en+baisse+++la+culture+en+berne.html

 

  • Emilie Denètre, « Réduction des contrats aidés : quel impact sur le secteur culturel ? », La Gazette des communes, {En ligne} publié le 19/09/17

Accès :http://www.lagazettedescommunes.com/524081/reduction-des-contrats-aides-quel-impact-sur-le-secteur-culturel/

 

  • Fanny Guinochet, « Le décryptage éco. Le gouvernement fait-il vraiment un geste sur les contrats aidés », France Info, {En ligne} publié le 22/09/17

Accès :http://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-decryptage-eco/le-decryptage-eco-le-gouvernement-fait-il-vraiment-un-geste-sur-les-contrats-aides_2362227.html

  • « Contrats aidés. Le Conseil culturel de Bretagne tire la sonnette d’alarme », Le Télégramme, {En ligne} publié le 25/09/17

Accès :http://www.letelegramme.fr/finistere/contrats-aides-le-conseil-culturel-de-bretagne-tire-la-sonnette-d-alarme-25-09-2017-11676047.php

 

  • Marianne Deumié, « Leur avenir menacé par la fin des emplois aidés », Ouest France{En ligne}, publié le 03/10/17

Accès : https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/trelaze-49800/leur-avenir-menace-par-la-fin-des-emplois-aides-5292541

 

  • Françoise Etoubleau, « Sans salariés, le musée et le Kifanlo en péril », Ouest France {En ligne} publié le 03/10/17.

Accès :https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/les-sables-dolonne-85100/sans-salaries-le-musee-et-le-kifanlo-en-peril-5292136

 

  • Sébastien Broquet, « Loïc Graber : l’inconnu », Le Petit Bulletin, Édition de Lyon, {En ligne} publié le 10/10/17

Accès :http://www.petit-bulletin.fr/lyon/infos-article-59177-Loic+Graber+++l+inconnu.html

 

  • Sabrina Vernade, « Il restera désormais fermé le samedi après-midi, les dimanches et jours fériés », Le Berry Républicain,{En ligne} publié le 17/10/17

Accès :http://www.leberry.fr/sainte-montaine/loisirs/fetes-sorties/2017/10/17/il-restera-desormais-ferme-le-samedi-apres-midi-les-dimanches-et-jours-feries_12592962.html

 

  • Christophe Zoia, « Emplois aidés : la culture tousse », La Dépêche, {En ligne} publié le 30/10/17

Accès :https://www.ladepeche.fr/article/2017/10/30/2675313-emplois-aides-la-culture-tousse.html

 

  • Sébastien Broquet, “6e Continent, c’est fini”, Le Petit BulletinÉdition de Lyon, {En ligne} publié le 19/12/17

Accès :

http://www.petit-bulletin.fr/lyon/infos-article-59905-6e+Continent++c+est+fini.html

 

 

Le modèle du café-théâtre à Lyon, un pari pour l’entrepreneuriat culturel

 

Depuis mai 68, comme l’écrit Vincent CASANOVA[1], on constate une rupture dans l’histoire du théâtre en France. Au cours des années 70 se multipliaient des jeunes compagnies qui cherchaient à promouvoir un théâtre d’un genre nouveau, qui se voulait plus léger et accessible aux divers publics, notamment sur le plan financier et artistique. Le but était de déconstruire les codes traditionnels du théâtre et d’impliquer le public dans le spectacle en cassant la frontière entre le spectateur et la scène. Nous assistions à la naissance des cafés-théâtres.

 

C’est à Lyon notamment que le modèle s’est particulièrement épanoui, à tel point que le café-théâtre fait partie de la culture des Lyonnais.e.s. Aujourd’hui, face aux enjeux actuels, les cafés-théâtres lyonnais se réinventent régulièrement pour rester innovants et toujours aussi populaires. Entre autres, le phénomène internet par exemple, qui a bouleversé la scène et surtout les petites salles.

 

En quoi le modèle du café-théâtre est-il un exemple d’entrepreneuriat et d’innovation dans le secteur culturel à Lyon? Est-ce qu’aujourd’hui ce modèle économique est-il toujours viable?

 

Pour tenter de répondre à ces questions, nous avons au préalable étudié et analysé le modèle économique de neuf cafés-théâtres lyonnais en recueillant les informations les plus pertinentes à travers quatre hypothèses. Puis, nous avons choisi deux cafés-théâtres qui nous sont apparus reposer sur des fonctionnements différents, afin de constater ou pas nos hypothèses sur le terrain et d’approfondir notre réflexion en interrogeant les représentants de ces deux structures sur la base d’une étude de faisabilité (stratégie commerciale, politique de prix, analyse d’offre et demande, etc.). Il s’agit du:

Le Shalala – Bar à spectacles-, qui a retenu notre intérêt en raison d’une proposition à caractère innovant et de sa creátion récente;

Le Complexe du Rire – Café-théâtre, qui est à l’inverse fortement implanté depuis plus de 20 ans dans le paysage culturel lyonnais et qui chaque année se réinvente.

 

     Le  modèle du café-théâtre exige une programmation centralisée sur le divertissement afin d’atteindre un grand nombre de public.

 

Le café-théâtre puise dans des inspirations plus lointaines et historiques. Avec une programmation centrée sur l’humour où “Les textes dramatiques sont souvent satiriques (one (wo)man show) ou poétiques (montage de textes, poèmes ou chansons)”[2]; on peut trouver une filiation avec les tavernes du Moyen Age, ou encore les cafés philosophes du XVIII siècle.

 

À Lyon, le premier café-théâtre est né en 1985 de l’idée de trois amis (Pascal COULAN, Philippe GIANGRECO, et Henri POURADIER DUTEIL). L’Accessoireest considéré comme le deuxième café-théâtre de la France. Ce lieu mythique a accueilli la majorité des comédien.ne.s lyonnais.e.s qui aujourd’hui font vivre les différents lieux de café-théâtre et qui ont donné à Lyon le titre de la capitale du genre selon France Info[3].

 

     Le modèle du café-théâtre est basé sur la diversification du financement afin d’assurer son développement. À Lyon, ce modèle dépend plutôt de la relation commerciale avec les entreprises.

 

Selon Frédéric de Beauvoir, directeur de Le 100, un établissement solidaire qui aide et forme les artistes à l’entrepreneuriat culturel à Paris: « l’œuvre ne suffit plus à l’artiste pour vivre. Ce capital symbolique qu’elle constitue doit être consolidé par une diversification, afin de créer une activité économique pérenne. »[4]Pour Le Shalalaet Le Complexe du Rire,les soirées privées et la location de salles aux comités d’entreprise (activités sociales et culturelles au profit des salarié.e.s) ou directement aux sociétés (pour des actions de “team-building”par exemple) constituent les activités les plus rentables.

 

Pour autant, Maxence FONTAINE et Hélöise BARON du Le Shalala, même s’ils le font occasionnellement (3 ou 4 fois par an en moyenne) ne cherchent pas à développer davantage ce type de relation avec les entreprises. Ils sont fortement attachés à l’idée que Le Shalala reste un espace d’échanges, de coopération et de totale liberté artistique. Steven HEARN constate en ce sens ce point que “les motivations des entrepreneurs du secteur culturel sont plus intrinsèques (originalité, valeur et sens des projets, créativité) que extrinsèques (rémunération)” dans son Rapport sur le développement de l’entrepreneuriat dans le secteur culturel en france.En ce sens, Cécile MAYET, directrice artistique de Le Complexe du Rire, considère que la viabilité financière de son café-théâtre est liée à la diversification des services et prestations proposés. C’est la somme de la vente des billets, la location de salles, la restauration (90% des gens mangent avant le spectacle) et les soirées privées qui rendent le projet rentable. Aujourd’hui, au sein de ce lieu, les recettes générées par le bar à tapas en une soirée équivaut à la rentabilité de la billetterie d’une salle de spectacle. Le Complexe du Rire réalise un chiffre d’affaires annuel d’un million d’euros. De son côté, pour financer ses activités, Le Shalaladéveloppe le financement participatif, grâce auquel il a pu obtenir 10 000 euros pour sa création, mais il n’a pas encore arrêté définitivement de stratégie commerciale ou de modèle économique.

 

     La force du phénomène internet a impacté au niveau économique les cafés-théâtres lyonnais.

 

Actuellement, un de plus grands défis pour les cafés-théâtres est d’attirer un public plus jeune. Selon Cécile MAYET, la jeunesse doit faire face à des contraintes financières élevées et à une certaine précarité. Les jeunes et notamment les étudiants, vont avoir tendance à préférer se divertir à la maison en regardant les chaînes desone man’s show sur YouTube. C’est ce qu’elle appelle “la culture à domicile”.

 

Les modes de communication ont également changé,  et les cafés-théâtres doivent nécessairement s’y adapter. Pour faire connaître Le Complexe du Rireau plus grand nombre, la structure a promu un serveur expérimenté de son personnel à la communication sur la plateforme Instagram.

 

Les plateformes numériques et réseaux sociaux sont également un formidable vivier de talents et au final une concurrence non négligeable aux cafés-théâtres. Pour le youtubeur et producteur Lorenzo BENEDETTI, ce que les cafés-théâtres et les émissions de télévision faisaient dans la recherche de nouveaux talents, aujourd’hui les chaînes de YouTube le font très bien, “tous les gens qui ont du talent utilisent ce canal très direct pour s’exprimer et ensuite pour s’en repérer, puisqu’ils font de vues et, donc ça attire l’attention des producteurs comme moi ou d’autres, et grâces à ça ils arrivent à accéder à la notoriété.” Donc, YouTube produit une quantité très grande de nouveaux talents pour un jeune public qui est très connecté. 85% des français ont accès à internet et 74% y accèdent tous les jours- 95% de ces gens sont des jeunes entre 18 et 24 ans. (Données du Baromètre du Numérique de l’étude annuel CREDOC.) Pour conquérir ce public nouveau, Le Complexe du Rire  a invité un youtubeur pour jouer un spectacle, ce qui a été un grand succès.

 

     La baisse des subventions publiques et le désir d’indépendance des artistes ont rendu de manière globale le comedien.ne entrepreneur.e

 

Françoise BENHAMOU décrypte dans L’économie de la cultureles effets pervers de la subvention et comment les prix des spectacles ne suffisent pas pour couvrir l’accroissement des coûts de fonctionnement. La baisse des subventions publiques peut rendre vulnérable l’artiste et in fine menacer sa liberté artistique. C’est la raison pour laquelle, on constate que les artistes cherchent à développer des nouvelles formes d’organisation. Catherine PARADEISE introduit dans son livre Les Comédiens, profession et marchés du travailparu en 1998 la notion de «nouveaux comédiens-entrepreneurs». L’auteure les définis comme des artistes qui montent de petites compagnies, souvent sous la forme souple d’association, pour rechercher des financements.

 

La notion d’entrepreneuriat culturel a été partagée pour la première fois en 1982 par le sociologue Paul DIMAGGIOqui a décrit comment s’est construite la “culture savante” à Boston aux Etats-Unis. Il reconnaissait une forme d’organisation alternative dans le secteur de la musique, où les collègues travaillaient ensemble de façon coopérative, pour partager les bénéfices et gérer le groupe. Cependant ces structures étaient vulnérables aux initiatives du marché.

En ce domaine,Le Shalalaa voulu créer une structure basée sur la mise en commun et mobilisation de toutes les compétences présentes au profit de l’association. Tous et toutes sont comédien.ne.s, mais chacun.e sont, à tour de rôle et selon les affinités, serveur.euse, régisseur.euse, administrateur.trice. Une histoire de polyvalence maîtrisée qui renforce la liberté d’action au service du projet artistique et l’envie de créer un lieu de partage de valeurs éloigné du système financier et du besoin vital de subventions publiques. Dans son rapport précité, Steven HEARN explique que «la plupart des acteurs de la vie économique n’envisage la culture que sous l’angle du mécénat. Pour eux, le plus souvent, les entrepreneurs du secteur sont des artistes mauvais gestionnaires évoluant dans un secteur exempt de rentabilité».C’est pour cela qu’un lieu comme Le Shalaladevient aussi un terrain pour discuter les principales problématiques du secteur comme le statut d’intermittent du spectacle et sa difficulté d’interagir avec les acteurs économiques pour mettre en lumière une problématique actuelle. De son côté, Le Complexe du Rire, qui est exploité sous la forme d’une société commerciale (SARL), créé chaque année des projets innovants qui ont permis financer son activité depuis 20 ans et qui emploie une vingtaine de personnes qui font vivre le lieu. Tout cela, sans financement public ou privé. Après avoir investi 5 000 francs pour sa création, Le Complexe du Rirese valorise aujourd’hui à 105 000 euros.

 

     En conclusion, si les enjeux sont importants et les défis nombreux pour les structures culturelles, ils sont, et ont été pour les cafés-théâtres lyonnais une formidable opportunité de faire le pari gagnant de l’innovation à tous les points de vue (culturel, organisationnel, structurel, juridique), et ainsi maintenir sa place si particulière dans le paysage culturel de la ville.

En 2018, Lyon continue à accueillir des nouveaux lieux sous la forme de café-théâtre ou bar à spectacles, comme Le Nid de Poule, troupe d’artistes qui cherchent à dynamiser son propre secteur et à créer des nouveaux modèles économiques pour continuer à s’exprimer sans tabou et à partager l’intimité avec le public, dans le rire.

 

Il est à espérer qu’enfin le secteur culturel soit reconnu dans des stratégies de stimulation de l’entrepreneuriat et de l’innovation, dont le programme Investissements de l’avenir.

 

Natalia Petrus Da Silva

Juan Rojas Castillo

Master 1 DPACI Année 2017-2018

 

BIBLIOGRAPHIE

 

BENHAMOU, Françoise. L’économie de la culture. Sixième édition. 2008.

CASANOVA, Vincent. Le café-théâtre. Jalons Version Découverte. Médiathèque. Vidéo 12 janvier 1970.

CHANTREL, Flavien. Étude du CREDOC : les français et Internet. Blog du modérateur, 2008 [consulté le 12.03.18]. Disponible sur : https://www.blogdumoderateur.com/etude-du-credoc-les-francais-et-internet/

CHIRITA, Mirce-Gabriel, POISSON-deHARO Serge, CISNEROS-MARTINEZ Luis Felipe et FILION Louis Jacques. Entrepreneuriat et industries du domaine des arts et de la culture. Juillet 2009 ISSN : 0840-853X. Disponible sur http://expertise.hec.ca/chaire_entrepreneuriat/wp-content/uploads/2009-02-entrepreneuriat_iindustries_arts.pdf

DIMAGGIO, Paul. / Cultural entrepreneurship in nineteenth-century Boston : The creation of an organizational base for high culture in America. In: Media, Culture & Society. 1982 ; Vol. 4, No. 1. pp. 33-50

Etude de faisabilité d’un café théâtre : un nouveau concept d’animation urbaine, le stand up. e&a, études et analyses. Disponible sur https://www.etudes-et-analyses.com/marketing/marketing-produit/etude-de-marche/etude-marche-projet-restauration-animation-maroc-331900.html

HEARN, Steven. Rapport à la ministre de la culture et de la communication et au ministre de l’économie, du redressement productif et du numérique. Sur le développement de l’entrepreneuriat dans le secteur culturel en france. Juin 2014. Disponible surhttp://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/144000364.pdf

Interview avec Lorenzo Benedetti. Europe1 07.11.15 [consulté le 12.03.18]. 1 video 7min28. Disponible sur : http://www.europe1.fr/emissions/linterview-verite-du-week-end/lorenzo-benedetti-pour-les-humoriste-internet-remplace-les-cafes-theatre-2616911

L’entrepreneuriat sauvera-t-il la culture ?. Maxime Hanssen. Novembre 2016. Disponible sur https://acteursdeleconomie.latribune.fr/territoire/2016-11-18/l-entrepreneuriat-sauvera-t-il-la-culture.html

Lʼentrepreneur culturel : un entrepreneur comme les autres ?. Document réalisé pour l’Arcade par les Journées de l’Entrepreneuriat culturel et créatif. Avril 2015. Disponible sur http://www.arcade-paca.com/fileadmin/documents/permanents/ressources/Dossiers%20doc/Zoom_GE/Note_entreprendre_culture_paca_avril_2015.pdf

Le Shalala, le bar qui laisse baba. Le Petit Bulletin. Janvier 2017. Disponible sur http://www.petit-bulletin.fr/lyon/guide-urbain-article-56636-Le+Shalala++le+bar+qui+laisse+baba.html

Lyon: Les théâtres font le plein. FranceInfo. France 3. Décembre 2017. Disponible sur https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/lyon-theatres-font-plein-1392419.html

PAVIS, Patrice. Dictionnaire du Théâtre en 2004. Armand Colin, 2004, 40 et 41 p. ISBN 2-200-263090.

PARADEISE, Catherine. Les comédiens. Profession et marchés du travail. Avec la collaboration de Jacques Charby et François Vour’ch. Janvier 1998.

Quel destin pour les cafés-théâtres lyonnais, cette pépinière d’humoristes ?. FranceInfo. Décembre 2016. Disponible sur https://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/humour/quel-destin-pour-les-cafes-theatres-lyonnais-cette-pepiniere-d-humoristes-250739

[1]Vincent CASANOVA. Le café-théâtre. Jalons Version Découverte. Médiathèque. Vidéo 12 janvier 1970.

[2]Patrice PAVIS. Dictionnaire du Théâtre en 2004. Armand Colin, 2004, 40 et 41 p.

[3]Quel destin pour les cafés-théâtres lyonnais, cette pépinière d’humoristes ?. FranceInfo. Décembre 2016.

[4]L’entrepreneuriat sauvera-t-il la culture ?. Maxime Hanssen. Novembre 2016.

carnet de bord #3

Sous les ruines, fleurit la culture.

Regards sur une ville en pleine ébullition citoyenne

Un voyage à Belgrade, c’est une épopée dans le temps, la découverte d’un paysage politique et culturel hétéroclite et parfois paradoxal. Dans cette ville au passé lourd, marquée par les fracas de la guerre et des gouvernements autoritaires, des femmes et des hommes ont décidé de prendre leur futur en main en développant une culture alternative aux influences croisées et aux valeurs humanistes, prenant le contre-pied des codes imposés par le pouvoir en place.

 

Beauté froide et apparences trompeuses

            Il est à peu près 9h du matin lorsque nous arrivons au cœur de Belgrade, en ce 9 février 2018. Après avoir quitté l’aéroport Nikola Tesla, traversé en bus une campagne sauvage, dénuée de tout urbanisme, nous découvrons, avec la stupéfaction et la précipitation caractéristiques des touristes occidentaux, une ville aussi austère que puissante. Témoins d’un faste quelque peu passé, les façades décrépies des hauts bâtiments m’intriguent. La rudesse de leurs formes n’entache en rien leurs qualités architecturales, mais nombre d’entre eux sont vides, abandonnés aux aléas du temps et à des repreneurs a priori absents… Les trottoirs cabossés laissent entrevoir un faible investissements dans l’entretien des espaces publics. Ça et là on aperçoit d’ailleurs des décombres d’immeubles bombardés, des décharges urbaines, des espaces verts à l’abandon…

Et pourtant, la vie grouille de partout. Sur la grande rue piétonne, Knez Mihailova, petits commerces, grands magasins, restaurants bondés, chanteurs de rue, et badauds se succèdent.

Nos premiers échanges avec les Belgradois éveillent en nous une véritable curiosité : quelque chose d’insoupçonné se cache derrière la grisaille de cette ville hors de temps, encore marquée par la guerre et la dictature…

Cette force, cette puissance, ressentie dès notre arrivée dans la capitale Serbe, et qui effleure en quelques endroits à la surface de la ville, se cristallise véritablement au contacts des habitants, dans des lieux écartés des sentiers balisés par les guides touristiques. Cette force est culturelle, artistique, politique mais citoyenne.

 

Belgrade underground

            Dans les années 1970 et 1980, Belgrade était empreinte d’un dynamisme culturel avant-gardiste qui renouvelait les codes de la musique, du cinéma, des arts visuels… Mais la violence des affrontements humains est passée par là, et peu à peu, l’État s’est désinvesti des questions culturelles, abandonnant le soutien de la création au profit d’une transition économique difficile, peu efficiente et surtout interminable, depuis les bombardements de 1999. Un véritable fossé s’est creusé entre les mœurs artistiques et créatives des Belgradois et les projets effectivement soutenus par les politiques de la ville. Alors, la résistance s’est organisée, les coopérations se sont multipliées et la vie a repris ses droits dans un foisonnement culturel alternatif comme on en voit peu (ou plus), dans nos pays sur-administrés.

Au fil de discussions, officielles et officieuses, nous retenons des noms de lieux et de quartiers passés maîtres dans le développement de nouvelles approches artistiques et le soutien de la création locale indépendante. Parmi eux, il y a Kvaka 22.

Il fait nuit lorsque l’on s’approche de cet immeuble, rue Rusveltova, et rien ne laisse présager ce qu’il renferme, si ce n’est l’œuvre murale que l’on découvre sur son aile droite. Ancien immeuble de l’armée dédié à la réparation et à l’entretien des instruments de musique de l’orchestre militaire national, cet espace a été abandonné après la guerre, et s’est rapidement délabré, devenant tour à tour squat ou décharge. En 2015 un collectif d’artiste découvre les lieux, et décide de se retrousser les manches pour remettre en état les trois niveaux du bâtiment, et en faire un lieu culturel indépendant et innovant. Aujourd’hui, le rez-de-chaussée abrite une galerie d’art libre et un espace presque muséal, dédié aux archives – photos, vinyles, instruments, matériel de réparation – récupérées sous les décombres. Au premier étage un appartement a été transformé en un atelier de création, salle de projection et de conférence – et bar officieux, les soirs de vernissage. Le dernier niveau, lui, est séparé entre un studio et des espaces dédiés à l’administratif. Goran, membre du collectif, nous raconte l’histoire de ce lieu et de son pays avec passion. Pour lui, la situation culturelle en Serbie et plus particulièrement à Belgrade, est plus liée à une mauvaise distribution des ressources qu’à un véritable manque de moyen. Pour palier à l’absence d’aides de la ville, il faut donc faire preuve d’ingéniosité ; et le collectif de Kvaka 22 en a à revendre : en mettant l’accent sur la restauration et la valorisation des archives retrouvées dans le bâtiment, ils ont pu obtenir aide et soutien du Goethe Institut, ce qui leur a permis de développer leurs activités. Et si la situation du Kvaka 22 reste précaire puisque d’un point de vue juridique rien ne leur octroie le droit d’être ici et que le collectif peut être expulsé du jour au lendemain, l’enthousiasme, le dynamisme et la ténacité de ces jeunes Belgradois restent intacts. A l’image de nombreux autres acteurs de la scène culturelle Serbe, ils défendent des valeurs de partage, de liberté, de diversité, de démocratie culturelles et témoignent d’une conscience et d’une pensée politique ouverte sur le monde et extrêmement aiguisée.

Sur les chemins de la liberté culturelle

            A Belgrade, Kvaka 22 n’est qu’un exemple, parmi tant d’autres, de la force de la volonté et des initiatives citoyennes. J’aurais pu vous parler du Stroggi, cet immeuble transformé en bar musical et galerie, où se croisent musiques électroniques, esthétiques baroques et street art. J’aurais également pu vous parler de l’Université des Arts de Belgrade, et de ses professeurs émérites, qui chaque jour se battent pour l’affirmation de l’identité culturelle plurielle de leur ville et de leur pays. J’aurais pu vous décrire, aussi, les œuvres urbaines puissantes et subtiles, qui fleurissent dans les rues et embellissent les quartiers, malgré les restrictions des politiques ; j’aurais pu évoquer le Centre de Décontamination Culturelle ou encore le mouvement citoyen Ne Davimo Beograd(« Ne cédons pas Belgrade »)…

J’aurais pu vous parler de tout cela, pour vous raconter une chose : sous une apparence grise, Belgrade chante, et continuera de chanter, plus fort encore, pour que son cœur et celui de ses citoyens et citoyennes battent à l’unisson.

/L.A

carnet de bord #2

 

Ce qui m’a frappée à Belgrade a d’abord été son aspect quelque peu vieilli. Beaucoup de bâtiments gris, comme délaissés, comme un anachronisme.

Cela a vite été rattrapé par le charme de ses collines, de ses fleuves, de ses lieux plus ou moins alternatifs et de ses impressionnants édifices.

 

On sent bien — au fil des discussions, des visites et des monuments — que l’histoire est lourde, importante et que le passé est encore bien présent.

On ressent également comme un paradoxe entre, d’un côté, des quartiers anciens, pittoresques, traversés par un tramway que l’on qualifierait en France de désuet et, d’un autre côté, le projet de skyline prévu pour réhabiliter les quais et moderniser la capitale.

 

Les personnes que l’on a eu la chance de rencontrer étaient inspirantes, dotées de connaissances sans fin et très ouvertes sur le monde.

 

En réalité il est difficile pour moi de raconter notre séjour à Belgrade. Il s’agit d’une ville indescriptible, indicible. Il faut y être pour la ressentir, il faut en parler pour la comprendre.

Lola