La bisexualité assumée du nouveau superman défraye la chronique

Le 11 Octobre, le jour où la communauté lgbtqia+ est invitée à se montrer publiquement pour la Coming Out Day, Tom Taylor confirme la bisexualité du fils de Superman pour la prochaine BD de la série, Son Of Kal, parue le 9 Novembre aux Etats-Unis et le 26 en Europe. Suite à cette nouvelle, nous constatons une récurrence du sujet dans les médias d’opinions tantôt clamée comme unengagement notable de la part du DC Comics, tantôt reprochée d’être un coup marketing, voire de surfer sur la vague du wokisme. Après avoir repéré ces deux dynamiques dans la revue de presse française effectuée entre le 9 et 22 Novembre, nous avons fait une mini-enquête sous forme de micro-trottoir et une analyse de commentaire youtube en se demandant si elle était représentative
de la réaction des publics, qu’ils soient experts ou non. Enfin, nous avons fait l’hypothèse que l’appropriation par les médias non-experts du sujet était liée à la figure de superman, mythique, populaire et de surcroît, représentant la masculinité.

Nous sommes le 12 Octobre, le jour même de l’annonce, et le média Marianne, interroge Philippe Carazé, journaliste français spécialiste des séries télévisées à ce sujet. Pour lui, rien de surprenant à cette nouvelle, ce n’est pas un « sacrilège » comme le journal lui propose de qualifier la bisexualité de Jon Kent car cela s’inscrit dans une volonté de DC Comics de s’adapter aux nécessités commerciale en passant par la séduction du public adolescent et féminin. Il qualifie même cet acte de changement de sexualité d’un personnage – ce qui n’est pas le cas – de bonne option marketing. Le lendemain, 13 octobre, sur Sudradio, le titre en dit long « Superman bisexuel ? « Ceux qui veulent des super-héros LGBT, noirs, musulmans, juifs ou handicapés n’ont qu’à les créer! », estime Élisabeth Lévy ». Si dans l’article précédent on pouvait encore laisser planer le doute quant à l’avis du journaliste, ici plus tout doute est levé, Elisabeth Levy, journaliste, et polémiste dénonce une culture du woke. Ces articles laissent entendre que les préoccupations telles que la crise climatique, les réfugiés,ainsi que l’orientation sexuelle ne rendent plus le héros légitime. Il faudra attendre le troisième jour, le 15 octobre, pour que le mot de représentativité sorte d’un billet de Libération nommé “Les héros sortent enfin du placard”. Morgane Schmitt Giordano, directrice artistique, auteure de BD et spécialiste des représentations dans la culture pop et les nouveaux médias nous recontextualise cet événement et on souffle un peu ; « C’est assez normal, en fait, que dans les années 2010-2020, on ait un renouvellement de ce que font ces personnages. Ils se sont adaptés depuis qu’ils existent et ils vont continuer de s’adapter et de transformer à la fois les apparences, le fond, la forme des comics. C’est un véritable reflet de notre société et de ses enjeux. Des combats profonds, des contrastes qui nous agitent. »

 

Enquête sur la réception du grand public et de la communauté experte

Quand on se penche du côté de la communauté experte des Comics, c’est une nouvelle qui ne fait pas événement. Là où ça se discute un peu plus c’est quand on entre dans le champ de la cohérence scénaristique. Nous faisons donc la conclusion d’une réception divergente entre les médias d’un côté et la communauté et le grand public de l’autre. En effet, les personnages queer chez DC Comics ne sont pas une nouveauté. Le problème c’est que contrairement aux relations hétérosexuelles, pour les médias la bisexualité de Jon Kent interroge de la vie privée du héros. Cette dernière nous renvoie parfois au schéma narratif du roman sentimental, genre méprisé, comme si cette relation allait devenir une intrigue, le sujet principal. Or, l’histoire d’amour entre Jon Kent et Jay Nakamura n’intervient que dans les trois dernières pages. Alors certes, c’est une place de choix qui annonce une future intrigue, mais ça ne remet pas en question la spécificité du héros et le contenu de la bd.

Au regard de la sociologie des superhéros et de la pensée de Goffman, la spécifité du héro queer est d’avoir un double stigmate.

  • Dans sa vie privé, son stigmate visible dévalorisant est son orientation sexuelle et son stigmate invisible valorisant est sa qualité de super
  • Dans sa vie de superhéros, son stigmate visible valorisant est sa qualité de super et son stigmate invisible dévalorisant est son orientation sexuelle.

Habituellement, juste le stigmate du héros fait de lui un modèle. Ici, le double stigmate permet d’associer ce modèle à stigmate perçu comme dévalorisant dans la société, et permet ainsi d’avoir un autre regard sur ce stigmate-là. Ainsi, le vrai enjeu médiatique n’est pas le personnage de Superman et son évolution mais ce que cela dit de notre société et de son évolution. Alors qu’est-ce qui pose problème? Pourquoi cette spécificité dans la narration du quotidien du héros dérange?

L’aura du personnage -viril- qui va au-delà de la communauté

Pour continuer sur notre hypothèse liant la réaction médiatique à la figure mythique et masculine de Superman, nous nous appuyons sur les écrits de Raewyn Connell, qui propose dans les années 90 de comprendre la construction et les interactions entre les masculinités. Celles-ci ne sont pas définies par leur caractéristique mais leur processus d’interaction entre elles ; pour se légitimer les masculinités en position de pouvoir se distingue en se dépréciant d’autres masculinités. Superman correspond à ce que la sociologue nomme la masculinité hégémonique. Ces attributs de puissance, rationalité, protection, teintée sa virilité lui a permis de représenter la masculinité hégémonique à un moment donné. C’est à notre sens une masculinité hégémonique qui est déjà en train d’être dépassée.

Pour conclure, qui est implicitement au cœur du débat médiatique, c’est qu’en faisant ce choix, Tom Taylor opère un glissement : on passe qui d’une masculinité hégémonique, à une un masculinité nommée « subordonnée”. Dans ce cas précis des masculinités homosexuelles, elles sont jugées comme trop efféminées. L’objet culturel est dépassé par le débat qu’il crée et en même temps ce débat permet une plus grande diffusion de ce même objet, on s’en éloigne pour y revenir.

Lucie Castino et Solène Desurmont

L’impact de la « woke culture » sur les œuvres coloniales du passé

Les termes « woke » et « wokisme » ont définitivement intégré le débat politique public à l’international  et font très récemment l’objet d’une forte médiatisation en France. En pleine campagne présidentielle française,  l’actuel ministre de l’éducation, Michel Blanquer, a lancé un « think tank, « Le Laboratoire de la République »,  pour remporter « la bataille des idées » avec pour ligne de mire « le wokisme » qui « exacerberait les  appartenances identitaires venues des campus américains » et pour modèle « l’humanisme et l’universalisme »1.  De la même manière, Barack Obama fustige le woke en l’associant aux méthodes de la cancel culture2. Pourtant,  selon un sondage récent de l’IFOP, la « pensée woke » est peu connue des français : « seuls 14% des répondants  avaient déjà entendus ce terme et 6% savaient de quoi il s’agissait »3. Mouvement « militant » employant  fortement les réseaux sociaux et les actions publiques spontanées, finalement, quelle définition peut-on donner  à cette « woke culture » ? De quelles manières tentent-elles de décoloniser notre héritage artistique et culturel ?  Et quelle en est la réception médiatique ? 

La « woke culture »

Manifestation à Houston pour rendre hommage à George Floyd, le 2 juin 2020, Mark Felix

Est woke (de l’anglais « éveillé ») toute personne consciente des problèmes liés aux injustices sociales  et de l’oppression qui pèse sur les minorités4. Les origines terminologiques et historiques du terme « woke »  remontent à la campagne abolitionniste d’Abraham Lincoln en 1860 qui portait le slogan « Wide awake ». Il refait  surface en 1963 dans les discours de Martin Lutherking sous la forme d’« Awake ». Les années 1970 sont ensuite  marquées par le déploiement et l’institutionnalisation de nouvelles théories identitaires au cœur des universités  étasuniennes qui gagneront ensuite l’Europe, conséquences de l’accès des femmes et des minorités raciales aux  universités5. Ainsi de nouvelles disciplines académiques émergent notamment les gender studies, les post colonial studies et plus tard dans les années 1990 les LGBT+ studies. Au même moment, Kimberlé Crenshaw  conceptualise la théorie de l’intersectionnalité désignant la façon dont un individu subit simultanément  différentes formes de stratification, domination ou de discrimination dans une société. Le terme apparaît sous  sa forme la plus récente « Stay woke » au cours des manifestations du mouvement Black Lives Matter dénonçant  le racisme systémique envers les noir.e.s et notamment « le profilage racial, la violence policière et les inégalités  du système de justice criminelle aux Etats-Unis »6. Fortement présent sur les réseaux sociaux pour rassembler  les militant.e.s antiracistes, il fait aujourd’hui et particulièrement en France, l’objet d’un détournement  épistémologique dans les médias majoritaires. Le journaliste Clément Viktorovitch dans son article « Le  ‘woksime ‘ une arme de disqualification massive »7sur Franceinfo (19/10/2021) montre comment son usage  médiatique peut être assimilé à la technique rhétorique de l’épouvantail, le terme n’y étant quasiment jamais  explicité ou recontextualisé et toujours employé dans le but de disqualifier le mouvement sans que l’on ne  comprenne réellement ce dont il s’agit. Les termes woke ou wokisme semblent connaître un destin semblable à  celui de l’ « islamogauchisme ». Celui-ci n’a dès lors pas su être défini par le CNRS ni le comité pédagogique  universitaire qui en sont pourtant la cible8. 

Des sujets brûlants d’actualité

Extrait d’une vidéo destinée aux élèves dans laquelle nous voyons une partie de la cérémonie où des centres de livres ont été déposées dans un trou préalablement creusé pour planter un arbre. Photo : CSP Providence. 2019

Nous avons décidé de réaliser une étude comparative de deux études de cas pour interroger la notion  de woke au cœur de l’actualité culturelle dans l’espace médiatique. La première relate la destruction de 4716  ouvrages (comprenant une trentaine de titres de BD, livres jeunesse, romans et encyclopédie) jugés discriminants  envers les autochtones et personnes de couleur dans 30 écoles francophones du conseil scolaire Providence  situées dans le Sud-Ouest de l’Ontario (Canada). Une petite partie a été brûlée dans le cadre d’une projet scolaire  « Redonnons à terre mère » sous la forme d’une cérémonie de purification par la flamme. La perspective  « pédagogique » de réconciliation avec les peuples autochtones est à interroger.  

La seconde relate la décision de la plateforme streaming HBO de retirer de son catalogue Autant en  emporte le vent, le film de 1939 longtemps considéré comme un triomphe du cinéma américain mais qui idéalise  le Sud à l’époque de la guerre de Sécession tout en passant sous silence ses péchés raciaux. Cette décision se fait  en réaction à la publication en ligne d’un article de John Ridley, un cinéaste américain. Le service de streaming a  finalement rediffusé le film « avec une discussion sur son contexte historique » par Jacqueline Stewart en  dénonçant ses « faux-pas raciaux ». Ces deux actualités culturelles ont fait l’objet d’un tollé médiatique à l’échelle  internationale et furent majoritairement taxées de délires progressistes par les médias.

Gone with the Wind, 1939, Victor Fleming (with Vivien Leigh and Hattie McDaniel)

De la nécessité de recontextualiser  

(Première étude de cas) Pour comprendre cette décision scolaire et l’utilisation du mot woke dans les  médias, il est important de recontextualiser les effets du colonialisme sur les populations autochtones. Ainsi  l’affaire des pensionnats autochtones entre parfaitement en corrélation avec la volonté de l’institution scolaire  d’éradiquer les discriminations au cœur des écoles. En effet, de 1831 à 1996, 150 000 enfants métis, inuits et  membres des Premières Nations ont été enlevés par la police dès l’âge de 3 ans pour grandir dans des internats  séparés de leur famille dans le cadre d’une politique d’assimilation forcée reposant sur la scolarisation,  l’évangélisation et l’assimilation aux mœurs des colons britanniques et français. Ce génocide culturel consistant  à « tuer l’indien dans l’enfant » par l’apprentissage forcé de la langue, la javellisation de la peau, de multiples  sévisses psychologiques, physiques et sexuelles voire des infanticides estimés à 4000 enfants, a finalement fait  l’objet d’une enquête de 8 années et de recueil de 7000 témoignages de survivant.e.s. En 2015, le gouvernement  réalise enfin des excuses publiques, publie le rapport de la Commission de vérité et réconciliation et octroie une  place spécifique à la question de la réconciliation avec les peuples autochtones et au développement de ceux-ci dans sa politique. Enfin, l’année 2021 est marquée par la découverte de tombes anonymes sur les territoires des  anciens pensionnats autochtones dans quatre lieux de l’Ontario. Suite à cela, de nombreuses églises ont été  brûlées. Ce sujet d’actualité culturelle fait ainsi l’objet de grandes polémiques.

Légende introuvable

(Deuxième étude de cas) Le racisme à l’encontre des Afro-Américains aux États-Unis a commencé  lorsque les premiers Noirs ont été vendus comme marchandises. Cette domination historique des Noirs en tant  que marchandises consommables continue d’intensifier leur assujettissement dans la société. Son  asservissement moderne se manifeste par des conditions de vie variées, notamment la violence policière, de  multiples facteurs de risque de maladie, et l’inégalité et l’iniquité dans les systèmes d’éducation et l’inégalité des  sexes… (Burden-Stelley, 2020 ; Go, 2020 ; Issar, 2020 ; Pirtle, 2020 ; Robinson, 1983). De ce fait, le mouvement  Black Lives Matter fonde son analyse structurelle de l’oppression des Noirs sur le concept de capitalisme racial  qui suggère que l’exploitation des minorités racialisées est nécessaire pour maintenir les structures capitalistes.  La brève mise au placard du film est un signe de la puissance du mouvement d’une part, et de la volonté d’un  acteur culturel dominant de créer un environnement culturel post-colonial d’autre part. Donc, c’est une preuve  de l’urgence de lutter contre les éléments racistes profondément enracinés dans notre héritage culturel. 

Cancel culture ou pédagogie ? 

Jacqueline Stewart describes her vision of the new host of TCM’s Silent Sunday Nights. Video by turner Classic Movies, 2021.

Ainsi, au vu de ces recontextualisations, nous pouvons observer que ces deux actualités culturelles  s’imprègnent d’un histoire coloniale et invitent à remettre en question la diffusion et l’accès de certaines œuvres au public. Elles semblent opérer différemment. La première a choisi de canceller les ouvrages sans même  contacter les personnes concernées (auteur.trice.s illustrateur.trice.s) dans une perspective qu’elle estime être  « pédagogique » quand l’autre a choisi de recontextualiser l’œuvre à partir d’une vidéo introductive à l’attention  des téléspéctateur.trice.s pour recontextualiser l’œuvre et rappelant le caractère raciste du film. La plateforme  semble avoir choisi une personne hautement qualifiée pour traiter ce sujet délicat, Jaqueline Najuma Stewart.  Professeure d’études cinématographique à l’université de Chicago et directrice de l’organisation artistique à but  non lucratif Black Cinema House, elle a publié des ouvrages sur l’histoire des Afro-Américains dans la production  de films, notamment Migrating to the Movies : Cinema and Black Urban Modernity (2005), et a coécrit L.A.  Rebellion : Creating a New Black Cinema (2015). Elle a également siégé au National Film Preservation Board  (NFPB) de la Library of Congress et a présidé le groupe de travail sur la diversité du NFPB (cf. Wikipédia).

Des intérêts cachés ?

La destruction de ces ouvrages dans les bibliothèques scolaires date de 2019. Il semble étrange que  cette affaire n’émerge seulement qu’en septembre 2021. Nous pouvons faire l’hypothèse d’une stratégie  politique pour faire de l’ombre à la candidature de Justin Trudeau. En effet, Suzy Kies qui depuis 2016 occupait  le poste de coprésidente de la Commission des peuples autochtones du Parti libéral, comptait parmi les  intervenants qui ont suggéré au Conseil scolaire catholique francophone Providence, en Ontario, de détruire les  livres. Radio-Canada a révélé que Mme Kies ne possédait pas le statut d’Indien en vertu de la loi, qu’elle ne  figurait pas dans les registres des conseils de bande abénakis et que sa seule ascendance autochtone trouvée  datait du XVIIe siècle. Elle démissionne de la Commission en disant refuser qu’on « se serve de [son] histoire pour  nuire à Justin Trudeau et à [son] parti » qui a fait de la réconciliation avec les Premières Nations sa priorité de  mandat. Cette usurpation identitaire ou appropriation culturelle de la part de Suzy Kies, étant donné sa position  de pouvoir politique, est vivement contestée par les représentants de divers groupes autochtones. De la même  manière, nous pouvons considérer les enjeux économiques de la plateforme HBO. Il semble préférable pour  celle-ci d’éviter de froisser ses abonnés pour mieux continuer de les fidéliser.

Yichen Guo et Marie Muscat

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ROBERTSON Becky, Here’s what you need to know about the book burning in Ontario, Blogto, Sept. 2021, https://www.blogto.com/city/2021/09/what-need-know-book-burning-ontario/ 

STEWART Jacqueline, Why we can’t turn away from ‘Gone with the Wind’, CNN, 25 Juin. 2020, https://edition.cnn.com/2020/06/12/opinions/gone-with-the-wind-illuminates-white-supremacy-stewart/index.html 

VALENTIN Pierre , « Le mouvement « woke » pratique l’autodafé au nom de l’inclusivité », Le Figaro, 10 Sept. 2021, https://www.lefigaro.fr/vox/societe/le-mouvement-woke-pratique-l-autodafe-au-nom-de-l-inclusivite-20210910 

VERGES Françoise, « Un féminisme décolonial », Hors Collection, La Fabrique Editions, 2019. 

VICTOR Daniel, HBO Max Pulls ‘Gone With the Wind,’ Citing Racist Depictions, The New York Times, 29 Mai. 2021, https://www-nytimes-com.bibelec.univ-lyon2.fr/2020/06/10/business/media/gone-with-the-wind-hbo max.html?searchResultPosition=7

L’ère de la collectivité dans l’art contemporain – Ruangrupa et la documenta15

Du 18 juin au 25 septembre 2022 se déroule la quinzième édition de la documenta à Cassel en Allemagne. Avec environ 800 000 visiteurs tous les cinq ans, le festival est une des plus grandes expositions d’art contemporain dans le monde qui s’étend sur une durée de 100 jours. 

Chaque édition de la documenta est personnalisée par une autre direction artistique, choisie par la commission. Toujours avec une approche internationale et moderne engagée, le festival se renouvelle à chaque édition selon les approches artistiques de la curation.

La documenta a été créée en 1955 par Arnold Bode et Werner Haftmann. Au fil des ans, la direction artistique a été confiée aux différentes personnalités du monde de l’art contemporain, comme Catherine David, ancienne conservatrice au Centre Georges-Pompidou ou bien Okwui Enwezor, directeur artistique de la deuxième biennale de Johannesburg en 1997. Cette édition est particulière, car pour la première fois la commission a choisi un collectif d’art contemporain au lieu d’une personne et une direction provenant de l’Asie. 

​​Ruangrupa est un collectif d’art contemporain né en 2000 à Jakarta, Indonésie. En raison du manque d’un espace ouvert et collaboratif dans la ville, ruangrupa, qui signifie « espace d’art » ou « forme spatiale » s’est créé. Leur “espace physique” fonctionne  comme une espèce de maison-club ouverte tout le temps, où la communauté peut agir de manière libre, travailler individuellement ou en collaboration. Chaque participant est inclus dans le processus de création des activités et devient membre du collectif ruangrupa en sens large. La direction artistique de la documenta15 est composée par neuf membres qui dirigent aussi le collectif: Ajeng Nurul Aini, farid rakun, Iswanto Hartono, Mirwan Andan, Indra Ameng, Daniella Fitria Praptono, Julia Sarisetiati, Reza Afisina et Ade Darmawan comme directeur principal.

Le collectif fonctionne comme une organisation à but non lucratif, soutient l’art contemporain par le biais d’un lieu ouvert au grand public, utilisant cet espace pour promouvoir des idées artistiques, travaillant de manière interdisciplinaire, à la fois dans un contexte urbain et culturel, y compris la technologie, l’art, la politique, les médias, les sciences sociales, etc. L’objectif est d’établir un système de soutien par la communauté, les institutions et les artistes, à travers la collaboration, la création et la pensée critique. Ces échanges s’expriment à travers des projets artistiques et scientifiques, tels que des festivals, des débats, des ateliers, la publication des magazines et des livres, des expositions, des laboratoires d’art, etc. 

Le collectif ruangrupa a choisi “lumbung” comme concept pratique pour la quinzième édition de la Documenta. Lumbung est un mot en indonésien qui signifie littéralement “grange à riz”, il est employé comme un mot valise basé sur le principe de la communauté. Il englobe pour eux des valeurs comme la générosité, l’humour, ancrage local, l’indépendance, la régénération, la transparence et la frugalité et s’exprime entre outre dans la prise de décision collective et dans un espace de rencontre pour toutes les pensées, nommé le “ruruhaus”.

Collectif Ruangrupa

 

Une autre essence du concept est la pratique de l’interdisciplinarité qui dépeint la relation entre une organisation artistique, sa communauté et son environnement local. Ensemble le “ekosistem” est créé : un réseau collaboratif qui fait le lien entre les connaissances, les idées et les ressources. 

Également dans l’esprit de leur concept, les participants créatifs sélectionnés (artistes, collectifs, initiatives, organisations actives) sont regroupés en “majelis”, des groupes de réunions. Au lieu d’indiquer les nationalités des participants, ruangrupa a annoncé la liste des artistes avec leurs fuseaux horaires. 

Cette année l’art contemporain a vécu un changement avec la mise en avant des collectifs plutôt que des prestations individuelles. Comme le prix Turner, l’un des prix le plus important de l’art contemporain où cinq collectifs ont été lauréats et la commission de la Documenta qui a choisi le collectif ruangrupa qui a ensuite choisi à son tour des collectifs pour l’exposition. Les collectifs ont tous été choisis en fonction de leur engagement associatif et de leur capacité de transformation sociale.

Est-ce que c’est donc le début d’une ère de collectivité dans l’art contemporain ? 

Nous avons pensé également aux différences entre l’artiste individuel et l’artiste en collectif. D’un côté travailler en collectif soutient l’idée de la collaboration, l’apprentissage des uns aux autres et par conséquent les échanges interdisciplinaires. D’un autre côté, l’effort de l’individu est moins visible car l’artiste comme personnage est moins mis en avant et doit se subordonner aux valeurs communes. 

Pour travailler en collectivité, une autre contrainte est de trouver un langage commun. Ruangrupa utilise l’anglais ainsi que des mots valise venant de l’indonésienne. Pour s’elóigner des termes connoté politiquement tels que néo-avant-garde, féminisme ou communisme ils utilisent des concepts qui englobent leurs positionnements. 

Par conséquent la compréhension des concepts reste assez complexe, elle détourne l’attention de la construction de l’œuvre à la compréhension du concept. De la même manière, est-ce que l’utilisation d’un langage spécifique rend les échanges plus inclusifs ou exclusifs ? Est-ce que ruangrupa n’empêche pas son propre but de partage collectif des idées et des pensées ? 

Même si la documenta a ouvert son contexte aux collectifs, elle reste fermée au niveau du public avec un concept toujours intellectualisé. Comment sera accueilli le concept auprès du public lors de la documenta15 en 2022. Cependant l’exposition ouvre la place aux artistes émergents de tous les coins du monde et aux collaborations.

Estefanía Henriquez et Theresa Piening

Le Lyon Street Food Festival 2021 : Une relation ambigüe entre la street food et la gastronomie

Du 16 au 19 septembre 2021 s’est tenue la cinquième édition du Lyon Street Food Festival  aux usines Fagor Brandt. Cet évènement, organisé par l’agence Nomad Kitchens, a rassemblé 35 000  participants venus rencontrer plusieurs grands noms de la gastronomie. Les thèmes de cette année  furent : Afrique, Bruxelles, la vallée de la Gastronomie et Asia Street Market. Le succès de cet  événement a amené des journaux comme Lyon Capital ou Le Monde a en parler. A partir de ces  lectures, de la communication de l’agence et de notre propre ressenti, le Lyon Street Food Festival  nous questionne sur la récente émergence de la « street-food » ainsi que son impact sur la  gastronomie classique. Nous interrogeons également certains choix des organisateurs.  

Le développement de la street-food : vers une gastronomie plus accessible ? 

La street-food met, depuis quelques années, le monde gastronomique en émoi. Avec ses  codes modernes et branchés, elle a su se faire une place de choix dans un domaine très normé : de  plus en plus de « grands chefs » se dotent aujourd’hui d’un commerce dédié à la restauration rapide ;  des alternatives qualitatives et économiques, idéales pour la pause déjeuner.  

Sans critique, on a accordé à la street-food la disparition des arts de la table au profit  d’emballages neutres et jetables et l’abandon des menus aux intitulés à rallonges au profit d’énoncés  simples et efficaces ; deux codes auxquels la gastronomie était bien attachée.  

La disparition des infrastructures et du matériel de salle, d’apparence alléchante pour  réduire ses charges fixes, favorise un contact inédit entre cuisinier et client : un rapprochement très  apprécié des consommateurs à l’ère où l’échelle de proximité est de plus en plus plébiscitée.  

Côté consommateur, on se délecte de la street-food comme d’un spectacle. Les coulisses de  la gastronomie se révèlent aux yeux du grand public. 

D’une pratique populaire à un huis clos élitiste : une récupération culturelle ? 

En analysant la programmation et le traitement médiatique du Lyon Street Food Festival,  nous devinons sans difficulté la cible des organisateurs : une population branchée (les différents  espaces du festival sont désignés comme le « wine district » ou le « sugar hangar ») plutôt  bourgeoise et sans difficultés financières (l’entrée du festival est à neuf euros et chaque portion  coûte entre quatre et cinq euros). Le constat est évident : nul n’oserait s’y rendre sans détenir un  minimum les codes de cet évènement.  

La street-food touche une clientèle soucieuse de ce qu’elle mange, plus au fait et  attentionnée par l’aspect, le goût et l’apport nutritionnel que par le simple besoin primaire de se  nourrir. Au-delà du visuel, la récupération de la street-food par la haute cuisine encourage le toucher  : une nourriture que l’on mange généralement avec les mains, à l’heure où nos activités et nos  emplois se font de moins en moins manuels.  

Les food-trucks sont un phénomène en eux-mêmes et disent beaucoup de nos  comportements face à la street-food. Il existe, en France, très peu de restaurants où la clientèle  serait prête à attendre pendant de longs quarts d’heure, debout, dehors et parfois dans le froid, pour  dévorer un repas sans service et sans couvert.

Ce processus de récupération culturelle n’intervient pas seulement dans le milieu culinaire.  Nous avons récemment assisté à des mouvements semblables au sein de différents arts : le graffiti, le  skate ou encore le rap sont de bons exemples. Autrefois réservés à un public averti et minoritaire,  ces médiums sont aujourd’hui reconnus par des autorités institutionnelles : le graffiti est encadré  dans les musées, le skate a sa place aux Jeux Olympiques et le rap aux Victoires de la Musique.  

Il est d’ailleurs intéressant de noter que le Lyon Street Food Festival s’était doté d’un espace  « Street Academy » où étaient proposés divers ateliers liés aux arts de la rue. Ces initiations étaient  accompagnées de performances live : graffiti, danse, roller disco et longboard. Un coup de pouce  entre disciplines aux destins liés ?  

Un partenaire de taille : Deliveroo 

Le Lyon Street Food Festival s’est doté d’un partenaire de taille pour sa cinquième édition : la  plateforme Deliveroo. En amont de l’événement, l’application a notamment proposé des plats inédits  concoctés par un chef italien et disponibles uniquement en livraison. Au cours du festival, il était  possible de gagner divers cadeaux ou avantages en participant à des activités animées par la  plateforme : une présence assumée pour un entreprise pourtant controversée.

Depuis la crise sanitaire le milieu de la restauration vit aussi une crise sans précédent :  beaucoup de professionnels ont quitté le domaine, le jugeant trop ingrat. Certains établissements  éprouvent des difficultés à rouvrir leurs portes, par manque de personnel. La présence de Deliveroo  sur le marché de la restauration n’avantage pas les petits commerces, tiraillés entre la quasi 

nécessité d’être présents sur l’application pour toucher une clientèle plus large et l’envie d’éviter cet  intermédiaire coûteux.  

Ce service de livraison participe à la mutation du secteur culinaire : la street-food se mange  désormais à la maison, apportée par un serveur devenu livreur et dont le statut d’auto-entrepreneur  participe à la précarisation des travailleurs. Un statut largement critiqué, au cœur d’un débat  opposant Deliveroo à ses coursiers. 

Conclusion 

Le Lyon Street Food Festival est la réalité d’une controverse plus large. Il répond à l’évolution  de la street food actuelle et à l’attente de ses consommateurs d’un nouveau genre. La street food est  devenue branchée, élitiste, mais aussi plus saine et élaborée. Elle offre un nouveau champ  d’exploration à la gastronomie, qui elle de son côté, plus ouverte et accessible, lui donne une  nouvelle définition, quitte à dénaturer la cuisine de rue populaire.  

 Il est bien nécessaire de s’interroger sur cet événement pour en saisir les enjeux et pouvoir y  participer avec un esprit critique, parfois en opposition avec un traitement médiatique partenaire et  enthousiaste.

Clara Pontello et Théo Vion

Corpus médiatique et sources :

Teaser LSFF 2021. mis en ligne le 1 juillet 2021. YouTube. Disponible avec le lien :  https://www.youtube.com/watch?v=jsg_MHtKS5M

LAMY Guillaume. 16 septembre 2021. “Lyon Street Food Festival, c’est parti !”. Lyon Capitale.  (consulté le 4 novembre 2021). Disponible sur : https://www.lyoncapitale.fr/actualite/lyon street-food-festival-c-est-parti

SIMON Adrien. 17 septembre 2021. “Lyon Street Food Festival : on a testé”. Le Petit Bulletin.  (consulté le 4 novembre 2021). Disponible sur : https://www.petit-bulletin.fr/lyon/guide urbain-article-69689-Lyon+Street+Food+Festival+++on+a+teste.html  

SORGUE, Pierre. 15 septembre 2021. “Lyon, capitale de la street-food”. Le Monde. (consulté  le 5 novembre 2021). Disponible sur : https://www.lemonde.fr/le-monde-passe-a table/article/2021/09/15/lyon-capitale-de-la-street-food_6094753_6082232.html  

CASSELY Jean-Laurent. publié le 25 juin 2015. “Distinction, appropriation, rébellion,  déclassement? Vers une théorie sociologique de la street food”. Slate. (consulté le 30  octobre 2021) Disponible sur: http://www.slate.fr/story/101449/distinction-appropriation rebellion-declassement-theorie-street-food

CHEVALIER François, FELIX Virginie. publié le 15 novembre 2013, modifié le 08 décembre  2020. ““Plus l’espace urbain augmente, plus la cuisine de rue se développe”, Jean-Pierre  Corbeau, sociologue”. Télérama. (consulté le 30 octobre 2021) Disponible sur :  https://www.telerama.fr/monde/plus-l-espace-urbain-augmente-plus-la-cuisine-de-rue-se developpe-jean-pierre-corbeau-sociologue,105035.php  

JULIEN Olivier (réalisateur). 2016. Auguste Escoffier, ou la naissance de la gastronomie  moderne [reportage]. (visionné le 2 novembre 2021). Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=CWGo_xi8N1U  

QUEFFELEC Derwell. 27 janvier 2021. “A l’origine de la street food : un fast-food à Pompéi”.  France Culture. (consulté le 2 novembre 2021). Disponible sur :  https://www.franceculture.fr/histoire/de-pompei-a-aujourdhui-lhistoire-de-la-street-food

MALISSEN Guilhem. Septembre 2020. “Bouffons #104 – Cuisine française : la meilleure du  monde, vraiment ?” [podcast]. Nouvelles Écoutes. (écouté le 7 novembre 2021). Disponible  sur : https://soundcloud.com/nouvelles-ecoutes/bouffons-104-cuisine-francaise-la meilleure-du-monde-vraiment  

SAKJI Mehdi. “Deliveroo Editions : la marchandisation de la cuisine toujours en marche”.  Chaire UNESCO Alimentations du monde. (consulté le 30 octobre 2021) Disponible sur :  https://www.chaireunesco-adm.com/Deliveroo-Editions-la-marchandisation-de-la-cuisine toujours-en-marche-Mehdi 

WOLF Johanne. 23 août 2016. “Les chefs se prennent à mitonner de la “street-food””. Le  Monde. (consulté le 5 novembre 2021). Disponible sur : https://www.lemonde.fr/m gastronomie/article/2016/08/23/les-chefs-se-prennent-a-mitonner-de-la-street food_4986974_4497540.html 

La question de la mode digitale et de ses enjeux

Sous le terme de mode digitale se recoupent une pluralité de phénomènes et une diversité de technologies, de la simple conception 3D à la réalité augmentée, en passant par la réalité virtuelle. Deux phénomènes majeurs ressortent en particulier. D’une part, la mode physique qui s’empare du digital en parallèle de ses activités traditionnelles, et d’autre part, l’apparition sur internet de marques de vêtements 100% digitaux. Ces deux phénomènes se sont vus amplifiés ces deux dernières années par la pandémie de covid-19 mais leurs enjeux diffèrent. Tandis que pour la mode physique, le digital consiste plutôt en une expansion et une diversification stratégique de son marché, la mode 100% digitale correspond au développement d’une industrie nouvelle où le digital est au cœur du processus créatif.

Digitalisation de la mode : une solution en temps de crise et un investissement stratégique

Face à la pandémie et à l’annulation des grands rassemblements, les marques de luxe ont investi le digital comme une solution pour dématérialiser les grands événements comme les Fashion Weeks. Si un certain nombre de marques se sont contentées de présenter leurs collections sous forme de défilés et conférences filmés, certaines ont fait un pas de plus dans le digital : Balenciaga par exemple avec un défilé entièrement conçu en réalité virtuelle.  

En parallèle, ces marques ont depuis quelques années commencé à investir dans le digital non seulement comme solution temporaire, mais dans l’optique de diversifier leurs canaux de diffusion et, par conséquent, de diversifier leurs consommateurs. Les stratégies les plus communes sont de se faire une place dans les jeux-vidéo, à l’image de la collection Balenciaga créée en 2021 à destination du jeu Fortnite. Dans la même idée mais avec plus d’originalité, Gucci crée en mai 2021 une exposition virtuelle – double d’une exposition physique à Florence- sur la plateforme de jeu Roblox, touchant ainsi un public jeune, voire très jeune. D’autres marques investissent dans la technologie des NFT – jetons non-fongibles -, en créant à la fois des vêtements physiques et leurs doubles virtuels.

The Fornite x Balenciaga collaboration, 2021

Tandis que certains médias encouragent ce qui serait une forme de résilience, et permettrait à la fois une démocratisation de la mode et une diminution des coûts environnementaux intrinsèques  aux Fashion Weeks, d’autres parlent de l’absurdité de ce phénomène. La mode serait fondamentalement une expérience de rencontre, de partage et d’expression de soi : le digital, en remplaçant la rencontre effective, la dénaturerait.

Mode 100 % digitale, une industrie naissante aux ambitions nombreuses

Qu’entend-on exactement par mode 100% digitale ? Tout simplement la création et la vente de vêtements conçus sur des logiciels de 3D et essentiellement destinés à être portés sur les réseaux sociaux. Lors d’un achat, le consommateur transmet à la marque des photos ou des vidéos de lui, et la marque ajoute à son corps le vêtement grâce à une technologie 3D. Le paysage marchand de cette industrie est déjà très semblable à celui de la mode physique, avec d’un côté des marques plus accessibles et plus classiques dans leur design, et d’un autre côté des marques se définissant comme de la haute couture. The Fabricant, marque pionnière créée en 2018, a ainsi vendu aux enchères la même année une robe virtuelle à 9500 dollars. La technologie des NFT est également très utilisée dans ce secteur par les marques ayant prétention à faire du luxe et donc des exemplaires uniques.

Daniella Loftus, instagrammeuse et créatrice digitale spécialisée dans les vêtements virtuels, portant une robe créée par @xi-identity. Photo postée sur le compte instagram : @thisoutfitdoesnotexist, le 01/11/21.

La communication des marques de mode entièrement digitales repose sur la formulation de quelques promesses fondamentales.  Toutes s’inscrivent dans un imaginaire futuriste, de leur design à leurs discours de promotion.  Il ne s’agit pas pour autant d’encenser la mode digitale uniquement en ce qu’elle incarne le progrès technologique, mais surtout en ce qu’elle ouvre de nouveaux horizons créatifs. La mode digitale permettrait aux créateurs de s’affranchir des contraintes du monde physique et d’imaginer une mode surréelle, à l’image des robes à la fois transparentes et lumineuses de The Tribute Brand. Or, qui dit nouvelles possibilités créatives, dit nouvelles possibilités d’expression de soi pour les consommateurs potentiels. Les réseaux sociaux ont toujours été pour certains une sorte d’univers parallèle où il était possible de mener une double vie. Le pari des marques digitales est que les jeunes consommateurs de demain miseront sur les vêtements digitaux pour exprimer leur originalité sur les réseaux.

Enfin, la promesse centrale est écologique. Les marques digitales font reposer leur discours de promotion sur une critique de la mode physique, notamment de la fast fashion, en soulignant la pollution induite par celle-ci – au cours de la production de fibres textiles, de la fabrication, du transport, et des déchets induits. Les vêtements digitaux, car immatériels et donc jamais produits ni jetés, seraient une alternative plus durable. 

La réception des médias est assez mitigée.  Si la plupart reconnaissent que la mode digitale s’annonce moins polluante que son homologue matériel, certains soulignent que le digital n’est pas sans impact sur la planète : la production, la fabrication de matériel électronique et les déchets qui en découlent sont polluants et destructeurs, tout comme l’importante consommation en énergie nécessaire pour alimenter internet et, entre autres, pour créer des NFT.  Rappelons de plus que les données numériques ne disparaissent pas et sont stockées parmi des milliards d’autres dans des « data centers » bien physiques, un peu partout dans le monde. Le risque serait de retomber dans le travers de la fast fashion par une surproduction et surconsommation de données digitales qui, sans faire disparaître la mode matérielle, s’ajouteraient à la pollution de cette dernière.

L’apparition d’un secteur de niche liée à des transformations plus globales 

Il s’agit d’un phénomène qui, par sa nouveauté et ses promesses, fait parfois l’objet de méfiance. Cette dernière s’enracine peut-être dans une peur plus profonde au cœur de notre société : celle d’une vie digitale qui prendrait le pas sur la vie réelle. Une peur réveillée et amplifiée très récemment par le nouveau projet de Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, qui renomme en octobre 2021 sa plateforme « Meta » et annonce son ambition de créer un « métavers », un univers fictif dans lequel les individus évolueraient en 3D dans des espaces persistants et partagés créés en réalité virtuelle. Un projet, loin de faire l’unanimité, qui se propose de redéfinir non seulement le futur des réseaux sociaux mais aussi le futur de la vie sociale. Cette annonce n’est pas sans nous rappeler un post instagram de Virgil Abloh, designer et fondateur de la marque OffWhite, dans lequel il affirmait : « Funny thing is, the real world is just the part time metaverse » (février 2021). Une boutade qui en dit long sur les ambitions de cette nouvelle industrie créative.

Blandine Bousquet et Vana Omar

Why Lil Nas X is the undeniable ruler of the Internet

Le 16 septembre 2021, W Magazine publie un article intitulé Lil Nas X’s Montero Promotion is Practically Performance Art dans lequel nous retrouvons un éloge de ce jeune artiste, ainsi que la phrase « Lil Nas X est le maître incontesté d’Internet. » Cette dernière résume de manière adéquate notre sujet et explique l’ampleur qu’il a pris dans les médias traditionnels et contemporains en 2021. The Wall Street Journal l’a même nommé le nouveau roi du pop. En effet, Lil Nas X est l’exemple parfait de l’artiste qui est simultanément un produit de son époque et un manipulateur de la société dans laquelle il baigne.

Né Montero Lamar Hill (1999), Lil Nas X est un rappeur et chanteur états-unien. En 2019, son single Old Town Road voit un succès incroyable et lui permet d’atteindre la célébrité. Battant plusieurs records, la chanson est restée au top 1 du Billboard Hot 100 pendant 19 semaines consécutives, une première dans l’histoire de la musique aux US. Jeune très intelligent, séduisant et transgressif, Lil Nas X est un véritable représentant de la génération Z. Son enfance a été marquée par la maîtrise de la culture d’Internet (plus précisément la création de contenu viral, le spam, et les mèmes) ainsi que par sa sexualité; deux éléments qui seront au centre de son art. Aujourd’hui, l’artiste utilise les réseaux sociaux stratégiquement et sans réserve afin de diffuser et promouvoir son art. À travers sa musique et ses performances, Lil Nas X cherche à changer le discours autour des « minorités » en mettant en avant sa personne: c’est un jeune rappeur gai et noir.

Lil Nas X, génie du marketing.

Dans un interview avec Dazed (2019), Lil Nas X dit: « Memes are the greatest thing to ever touch humanity and you know, I wouldn’t have a career without them. » En effet, nous retrouvons beaucoup d’humour dans la façon dont l’artiste communique, un humour créatif, absurde et qui lui est propre. Il suffit de regarder son profil Twitter pour voir jusqu’où il peut pousser les limites. Son audace lui a permis de créer une communauté de fans qui participent à la propagation de son art, de sa personne, et d’après les articles de presse que nous avons analysés, de son génie. Pour la campagne de promotion de son album éponyme « Montero », il réalise une série de contenu autour de sa « grossesse »: il est enceinte de son album. Pendant plusieurs mois, l’artiste partage de nombreux posts sur Instagram, Twitter et TikTok montrant son ventre. Il publie aussi une série de photos officielles, imitant les photoshoot de grossesse des célébrités, comme Beyoncé et tant d’autres le font. Ces images sont accompagnées par des mèmes et un site pour son « baby registry ». Enfin, la campagne se termine par une vidéo incongrue et pleine d’humour montrant la « naissance » de son album, le jour de sa sortie.

Son affirmation très directe et visible du fait d’être gai et du fait d’être noir lui apporte des controverses, qu’il utilise à son avantage pour promouvoir son album. Son identité pose surtout problème dans deux contextes: la religion chrétienne et la communauté rap US.

Lorsque Lil Nas X a sorti Montero (Call Me By Your Name), il l’a publié avec un clip dans lequel il se montre comme un ange déchu qui descend du paradis vers l’enfer en faisant du pole dance. Quand il rencontre le diable, il lui fait un lap dance puis l’assassine afin de prendre sa place. La vidéo était accompagnée du lancement de 666 paires de chaussures en partenariat avec MSCHF. La semelle des Satan Shoes contiendrait une goutte de sang humain. L’utilisation de la sensualité au sein d’un imaginaire catholique a bien évidemment posé problème à la communauté conservatrice de droite aux US qui l’a perçu comme une provocation et une menace à la société. Plusieurs personnalités l’ont attaqué sur Twitter, dont des politiciens. Lil Nas X n’a pas hésité à répondre.

Visuels de Montero (Call Me By Your Name).

Lil Nas X profite pleinement de la controverse causée par l’hypersexualité. Mais c’est la mise en scène d’un mélange du masculin et du féminin qui la rend pertinente. On le voit souvent mêler des esthétiques et des gestuelles genrées que ce soit dans ses clips ou sur scène. Ceci, ainsi que le port de la couleur rose, le port de robes et de maquillage dans ses performances et sur les tapis rouges, ont fait que sa relation avec le monde du rap soit particulièrement gênante. Les grands rappeurs des années 90 cultivaient une image très masculine d’eux, portant des vêtements aux couleurs basiques et le grill. Lil Nas X reprend ces mêmes éléments, mais les mélange avec la féminité, devenant dangereux et disruptif: il fait référence à ces rappeurs, mais les interroge et, en quelque sorte, les rend obsolètes. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup de ces rappeurs ne souhaitent pas collaborer avec lui; à l’opposé de Miley Cyrus et Sir Elton John qui figurent dans son album. Dans de nombreuses vidéos de rap, nous voyons une relation particulière entre hommes et femmes: un homme avec de nombreuses danseuses ou une femme avec des danseurs et/ou danseuses, sont acceptés. Mais quand Lil Nas X, étant un homme queer, danse avec d’autres hommes dans la vidéo Industry Baby ou sur scène, cela génère suspicion et controverse.

Finalement, nous pouvons souligner que Lil Nas X est un personnage particulier, qui à travers la controverse et une utilisation intelligente des réseaux sociaux, cherche des moyens de promouvoir sa musique, mais aussi de défendre son identité. Cela suscite la polémique et bien que cela lui ait valu des détracteurs, on voit aujourd’hui la reconnaissance d’artistes comme Jean Paul Gaultier qui a collaboré avec lui, et surtout celle des médias comme Times Magazine ou GQ, qui l’ont nommé musicien de l’année. Pour un jeune homme de seulement 22 ans, un débutant dans l’industrie de la musique, ce sont des réussites impressionnantes et la naissance d’une carrière prometteuse.

L’évolution de Lil Nas X.

Elsa Haiby et José Miguel Saavedra Ramirez

Bibliographie

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Lil Nas X talks memes, cowboy fashion and family | Making It Up As You Go Along : EP 01. Dazed. 1 aout 2019. Disponible sur youtube.com

Lil Nas X – MONTERO (Call Me By Your Name) (But Lil Nas X Makes All The Sounds With His Mouth). Lil Nas X. 23 avril 2021. Disponible sur youtube.com

Weak Aura vs Strong Aura meme. Disponible sur twitter.com

SURPRISE! I can’t believe i’m finally announcing this. My little bundle of joy “MONTERO” is due September 17, 2021. Disponible sur twitter.com

LIL NAS X GIVES BIRTH. Lil Nas X. 17 septembre 2021. Disponible sur youtube.com

DESSEM Mathew, Conservatives Are Enraged at Lil Nas X and His “Satan Shoes”. Slate. 28 mars 2021. Disponible sur slate.com

Candace Owens SLAMS Rapper For Selling ‘Satan Shoes’. Candace. 4 avril 2021. Disponible sur youtube.com

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Who’s afraid of Lil Nas X? | Khadija Mbowe. Khadija Mbowe. 19 septembre 2021. Disponible sur youtube.com

LOVE Tirhakah, Was This the Decade Hip-Hop Finally Moved Past Its Homophobia? Level Medium. 30 décembre 2019. Disponible sur level.medium.com

BJORNSON Greta, Lil Nas X Says He Originally Wanted Drake and Nicki Minaj to Collaborate on Montero Songs. People Magazine. 16 novembre 2021. Disponible sur people.com

@LilNasX & @JackHarlow has won ‘Best Pop Video’ category with “INDUSTRY BABY” at the 2021 UK Music Video Awards. Disponible sur twitter.com

Lil Nas X performing live and upsetting homophobes. I’m helping him by sharing it. Disponible sur twitter.com

DUVIEU Pauline, Jean-Paul Gaultier x Lil Nas X : quand les grands esprits (révolutionnaires) se rencontrent. Journal du Luxe. 24 septembre 2021. Disponible sur journalduluxe.fr

O. HARRIS Jeremy, Lil Nas X Is In the Right Place at the Right Time. GQ. 15 novembre 2021. Disponible sur gq.com

CHOC DE MÉMOIRE : les monuments en tant qu’objet de signification historique

Gauche à droite : Kehinde Wiley, Rumors of War, 2019 Credit : Rachel Papo for The New York Times / Anita Hill at Harvard Law School: Camilo Andres (Filter project), The Black Monuments Project / Projection of Harriet Tubman, Reclaiming the Monument.

Tout au long de l’histoire, les monuments ont toujours eu une grande valeur de représentation, en particulier dans l’environnement dans lequel ils se trouvent. Parfois, un monument a tendance à représenter la grandeur et les réalisations passées d’une communauté. Pour d’autres, leurs présence devient un objet de répression et de violence. 

Selon l’historien et critique d’architecture Sigfried Gledion (1988 – 1968), le monument crée un lien entre passé et futur et sa validité est entièrement subjective, selon qui lui donne de la valeur et le sujet qui l’observe. Lorsqu’on parle de monuments situés dans des territoires publics urbains, tels que des places, des parcs et des avenues, la quantité de valeurs et de représentations données au monument devient infinie et dynamique. Les monuments, en tant que structures fixes, accompagnent les transformations de la société civile et – en même temps qu’ils affectent la mémoire de l’espace – ils sont eux-mêmes affectés par le changement de significations de son environnement.

Gauche à droite : Des Hongrois se tiennent devant la statue renversée de Joseph Staline le 23 octobre 1956; Un groupe de manifestants retire le buste d’une statue militaire et met sa tête entre les mains de l’indigène Caupolican au Chili; Le monument Robert E.Lee est enveloppé avant son dévoilement à Richmond, en Virginie, le 29 mai 1890.

Ces espaces, dans des contextes de crise et de conflits identitaires, deviennent un univers incommensurable d’imaginaires divergents qui se disputent pour s’imposer dans la narrative dominante. Ainsi, la présence de manifestations, d’interventions et de discours de la société civile dans les espaces publics traduisent une expression de mécontentement, d’indignation et de lutte contre quelque chose qui n’est pas conforme à l’imaginaire collectif. La société remet en cause sa mémoire nationale et finit par répondre à cette question de diverses manières.

Au début du 20ème siècle aux Etats-Unis, les conflits entre les Etats-Uniens Africains-Américains et blancs sont en pleine croissances. Pendant cette période difficile, des monuments ont été construits honorant les fondateurs des Etats-Unis et les icônes de la guerre d’indépendance et de la guerre civile. Aujourd’hui ces monuments sont contestés d’être une représentation problématique par des groupes BLM (Black Lives Matter) et en générale par la partie politique des Démocrates. Les hommes des monuments sont souvent des personnes ayant été racistes, propriétaires d’esclaves et perpétuant les problèmes de la ségrégation.

C’est une guerre des monuments avec deux perspectives, l’une étant que ces hommes ne sont plus une bonne représentation de la société et que les monuments doivent évoluer avec le temps. Il y a une multitude de suggestions à ce propos, des remplacement de monuments, des interventions artistiques et même des nouvelles éditions. The Black Monuments Projets et des artistes comme Kehinde Wiley imagine remplacer les monuments avec des Africaines-Américaines historiques qui ont affecté l’histoire de leurs communautés, des femmes ou l’entièreté du pays. Certains artistes cherchent plutôt à modifier d’une façon apparente pour changer le discours initial du monument. Finalement, une grande partie des conflits avec les monuments sont les manifestations du peuple où les monuments sont tombés ou édités avec de la peinture. La presse qui soutient ces changements utilise du vocabulaire neutre au sujet des manifestations et plus agressif en parlant des monuments. « those that still stand have been marked with graffiti » ou « statues seen to enshrine white supremacy were vandalised » sont des citations d’articles qui notent les effets des manifestations sur les monuments mais en mettant en avance le marquage et les problèmes des monuments comparer au vandalisme ou la valeure de la statue.

L’autre côté de l’argument défend l’histoire des Etats-Unis représenté par les monuments. Souvent, les défenseurs de ces idées expliquent qu’une destruction du passé n’est pas la bonne initiative car les idéaux de la nations sont mis en question et les monuments sont des reliques du passé. La destruction et les effets des manifestations sont vu dans la presse de cet opinion avec un vocabulaire amer. Les monuments sont dit «  smashed, cut up, doused in paint, burned and sprayed graffiti ». L’importance de l’âge de la statue et les généraux qui ont sauvé les Etats-Unis sont fortement défendu par les médias patriotique et souvent venant de la partie politique des Républicains. La relation entre les monuments et la politique n’est pas seulement vue aux Etats-Unis mais aussi au Chili, le deuxième cas étudié.

Un exemple qui a été débattu au cours des dernières années et qui présente toujours des conflits est le cas de la Plaza Italia, actuellement appelée Plaza Dignidad par des groupes spécifiques, à Santiago, capitale du Chili. Les défis qui entourent la place reprennent le déclenchement social en octobre de 2019 avec une série de protestations civiles contre le système économique neoliberal, et la nécessité d’un « nouveau pacte social » qui réponde aux défis bien ancrés. et non résolu de la dictature de Pinochet.

Ce qui est en jeu sur la Plaza Dignidad, c’est sa redéfinition historique en tant qu’espace public utilisé pour rassembler des manifestations – la plupart à caractère politique, mais aussi en tant que lieu de commémoration de dates importantes telles que la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars. Selon l’article « Art & Public Space in Santiago Since Chile’s Uprisings », communément appelée Plaza Baquedano ou Plaza Italia, elle a été déclarée « Plaza Dignidad » par les manifestants comme un lieu de « protestation sociale » et un symbole historique de la « frontière entre les riches de Santiago et la classe ouvrière ».

Gauche à droite : manifestants sur la statue du général Baquedano; projections graphiques de Delight Lab dont le premier est écrit « conscience, justice, dignité » après l’enlèvement de la statue et « extirper les racines » projeté sur la tour téléphonique de Santiago.

Un autre point à noter est le monument du général Manuel Baquedano situé au centre de la place. La place est souvent appelée Plaza Baquedano, car le monument est devenu un objet d’expression utilisé de différentes manières selon le contexte autour. Dans le cas des manifestations populaires, le monument joue le rôle d’objet de répression. Pour les groupes opposés au gouvernement actuel de Sebastián Piñera (2018 – 2021), la statue du général Baquedano sur son cheval est en désaccord avec les véritables représentations de la société chilienne. En plus, il est courant que le monument ait des interventions artistiques, comme les œuvres de l’artiste de street art @caiozzama (Claudio Caiozzi) et les projections audiovisuelles de l’atelier Delight Lab; ainsi que des montages spontanés effectués par des manifestants.

​​Cependant, ces actions deviennent un élément de discorde aux yeux de l’État chilien, en particulier de l’armée du pays qui s’exprime activement sur Twitter contre les interventions artistiques et qualifie les manifestants de « lâches » et « d’anti-chiliens, ignorants de l’histoire » . Ainsi, après de nombreuses manifestations contre le monument, en mars de cette année, la décision fut prise de retirer la statue de Baquedano. Même s’il s’agit d’une décision temporaire, artistes et manifestants restent attentifs aux décisions et continuent d’intervenir pour que les épisodes précédents ne soient pas oubliés et pour montrer que la société souhaite des changements dans ses représentations publiques.

Julia Tomazi et Julie Merwin

Bibliographie

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El Mostrador. « Ejército repudió incendio a estatua de Baquedano: « Los cobardes desadaptados que cometieron este acto indignante son antichilenos » ».  El Mostrador, 6 mars 2021, https://www.elmostrador.cl/dia/2021/03/06/ejercito-repudio-incendio-a-estatua-de-baquedano-los-cobardes-desadaptados-que-cometieron-este-acto-indignante-son-antichilenos/.

Howard, Sarah, director. Symposium – Reimagining Monuments: Contemporary Interventions in Public Space – January 23, 2021. Performance by Ariel René Jackson, et al., Youtube, Institute for Research in Art – IRA, 28 Jan. 2021, www.youtube.com/watch?v=IpfNXeY-vYw.

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L’impact de l’évolution de la chronologie des médias sur le cinéma français pendant la crise sanitaire

La crise à laquelle fait face le cinéma liée au Covid est évidemment internationale. En France, plus particulièrement, un bouleversement de la chronologie des médias a créé des impacts majeurs sur les exploitants de salles de cinéma et sur la production de films français. Mais tout d’abord, quelle est cette chronologie des médias et à quoi sert-elle ? Puis, quels en sont les impacts ? 

La chronologie des médias  

La chronologie des médias est un dispositif réglementaire français datant de 1983 qui visait, à l’origine, à protéger les salles de cinéma de la concurrence des chaînes de télévision, impliquant une baisse importante de leur fréquentation. Au début, cette règle imposait un délai de trois ans entre la première exploitation d’un film en salles et sa diffusion éventuelle à la télévision. 

Par la suite, la multiplication et diversification des chaînes de télévision et des supports de diffusion ont entraîné un raccourcissement de ces délais. Dans son organisation actuelle datant de 2018, la chronologie des médias montre l’importance respective des financeurs du cinéma français. Pourquoi ? Les exploitants de salles et les ventes en DVD sont les supports dont la Taxe Spéciale Additionnelle est la plus élevée. Il s’agit d’une taxe prélevée par le Centre National du Cinéma et constitue 40% de son budget. Le CNC contribue à aider financièrement les exploitants de cinémas et la production de cinéma français.  

C’est un véritable «cercle vertueux» qui permet au cinéma français de produire des centaines de réalisations par an tout en participant à la coproduction de nombreux films dans d’autres pays. Et c’est ce système qui a permis au cinéma français de ne pas disparaître face à la puissance du cinéma américain.

Vers un marché à deux vitesses ?

Dans cette configuration, il existe déjà un équilibre précaire car les principales sources de financement du cinéma français changent peu à peu. Les ventes de billets, les ventes de DVD, ont constitué jusqu’à récemment les principales sources de financement du cinéma français, maintenant, les fenêtres tardives dans la chronologie des médias (la Submission Video on Demand principalement) sont aujourd’hui des supports non négligeables dans l’exploitation du cinéma, impliquant une diminution de revenus pour le CNC via la TSA, et ne contribuent donc pas à financer la production de cinéma français.

Le risque, quel est-il ? Le risque est de voir émerger un marché à deux vitesses, celui du film de cinéma, avec son circuit de financement historique, et celui de la SVoD, finançant son propre contenu et entraînant une baisse de la fréquentation des cinémas. 

Une nouvelle chronologie des médias bouleversante 

Les bouleversements de la chronologie interviennent dans ce contexte, déjà fragilisé par la crise sanitaire. 

L’article 17 de la loi d’urgence Covid-19 du 23 mars 2020 a permis un aménagement inédit de cette réglementation : le CNC a délivré une dérogation exceptionnelle pour 52 films sortis à cette date, afin de les rendre disponibles sur support physique et en VoD à l’acte, sans attendre les quatre mois d’ordinaire requis (trois pour les films à moins de cent mille entrées). 

Les conséquences 

Ce choix, accompagné de la crise sanitaire, a irrémédiablement participé à l’évolution des pratiques cinématographiques des français, s’habituant peu à peu à consommer sur petit écran. 

Ceci entraîne une mise en difficulté de la production française, qui observe une diminution des prélèvements de la TSA, les supports, finançant cette taxe, étant progressivement délaissés par les français. Afin de palier à cette première conséquence, une concertation avec les principaux acteurs a débuté, visant à instaurer une obligation pour les plateformes de vidéo à la demande un investissement de 20% minimum de leur chiffre d’affaires réalisé sur le territoire français dans la production d’œuvres françaises ou européennes. 

Ainsi, l’impact majeur du bouleversement de la chronologie des médias se situe au niveau des exploitants de cinéma, et ce, à cinq niveaux :   

Sociétal 

Une modification progressive des pratiques cinématographiques des français qui peuvent délaisser les salles de cinéma. 

Économique 

Les exploitants n’ayant pas pu bénéficier de l’exploitation de ces nombreux films, une perte économique importante s’est fait sentir, en partie compenser par des aides d’urgence du gouvernement. 

Médiatiques 

Le premier rôle des salles est d’exposer les films, accompagnés de nombreux éléments marketing. Les festivals, moments clé pour la promotion de film, tendent à flexibiliser leur règlement. En effet, une exploitation de sept jours minimum en salle était obligatoire pour être sélectionné, limitant l’accès aux plateformes qui refusent l’exploitation de leurs films en salle. Les Oscars ont ainsi suspendu cette règle pour leur 93ème édition. Cependant, on peut se demander si, avec la montée en puissance des films produits par les SVOD, cette règle ne va pas être abandonnée à long terme et donc offrir une promotion importante aux plateformes, ce qui contribuera au déclin des salles de cinéma.  

Juridique 

De façon indirecte, les modifications de la chronologie des médias a induit des remise en question de deux lois françaises : celle dite « des jours interdits », qui consiste à interdire, aux chaîne de télévision gratuite, de diffuser des films les mercredis et vendredi soirs, samedis toute la journée et dimanche après-midis, afin de ne pas concurrencer les salles de cinémas. Aujourd’hui, cette loi est largement décriée par la télévision qui estime être désavantagée par rapport aux services de VOD à l’acte et de SVOD. En perspective d’un projet de loi sur l’audiovisuel, le ministère de la Culture, via la Direction générale des médias et des industries culturelles, lance une consultation pour flexibiliser ou supprimer cette loi. La seconde est une dérogation d’une durée de 18 mois concernant la promotion des films en salle à la télévision. En effet, depuis 1992, seules les bandes annonces des films qui sortaient en DVD étaient en effet autorisées à la télévision. L’idée ? Protéger les films français des assauts publicitaires orchestrés par les grands groupes, notamment les producteurs de blockbusters américains, qui bénéficient de plus de moyens pour faire de la promotion. Même si cette dérogation n’aide pas la production française, elle soutient au moins les salles de cinéma. 

Artistique 

Finalement, toutes ces évolutions, à la fois dans les manières de produire et de consommer, questionnent si réaliser un film pour petit écran est la même chose que pour grand écran. La SVoD gère par les algorithmes une demande alors que le cinéma créé une offre. Ceci entraîne ainsi progressivement une évolution de la démarche, qui impact irrémédiablement la création. On peut donc s’interroger sur l’avenir du cinéma indépendant notamment.

Marion Renard

Projets de la promo 2019/2020

Voici le fruit du travail de nos étudiant.es du Master 2 DPACI Développement de projets artistiques et culturels internationaux cette année, l'aboutissement du travail mené dans le cadre de l'enseignement de méthodologie de projet..

 

Ayez du nez ! est un projet alliant art, odorat et territoire industriel dans la Vallée de la Chimie. Il vise à approcher le territoire de la Vallée de la Chimie par la question de l’odorat et plus spécifiquement la mémoire olfactive. VeNEZ nous rejoindre le mardi 10 mars de 16h à 19h30 au coeur de Saint-Fons, chez Interfora pour découvrir une exposition et une conférence autour des odeurs et leur pouvoir d'évoquer des souvenirs.

nullL'exposition "Mémoire olfactive et la Vallée de la Chimie” montrera le travail de quatre étudiants.es de l’École Nationale des Beaux-Arts de Lyon et un travail de terrain réalisé par les trois porteuses du projet, mettant en valeur des photographies et des témoignages audio sur les odeurs repérées par les habitant.es de la Vallée.
Pour la conférence intitulée “Odeurs présentes, instants passés : nostalgie et mémoire olfactive” nous invitons trois intervenantes expertes dans leur domaine (science, art et parfumerie) pour nous éclairer sur la capacité qu’ont les odeurs de toujours nous ramener à un événement de vie ou nous rappeler des souvenirs passés.
L'entrée est gratuite et uniquement sur réservation !

Mardi 10 mars 2020 – 16h à 19h30 – Interfora IFAIPAvenue Diderot, Saint Fons – en face de la gare SNCF
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Les arbres occupent une place essentielle dans notre écosystème, dans notre monde commun, mais ils sont attaqués (déforestation en Amazonie, disparition de la dernière forêt primaire d’Europe en Pologne etc.) et que très peu considérés. Ce sont pourtant des êtres sensibles, sociaux et intelligents pour lesquels se pose aujourd’hui la question de leur protection juridique. L’émergence d’un “droit des arbres” s’insère dans la critique d’un modèle de privatisation généralisé des biens communs (l’eau, le logement, la nature etc).
L’objectif de cet événement est d’appréhender ce problème par le sensible, afin de sortir d’un discours parfois binaire et moralisateur sur l’écologie. Plutôt qu’une injonction directe à la protection de la nature, nous souhaitons que chacun.e éprouve au plus profond de lui/elle même la connexion et l’interdépendance qui nous lie à ces êtres, sans qui notre survie serait compromise.

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Par “sensible”, nous entendons le recours à l’art et à la culture. L’idée est que les participant.es se questionnent sur leur relation avec leur environnement, en se focalisant sur le lien intime qu’ils/elles peuvent nouer avec les arbres.

Plusieurs activités vous seront proposées : interventions de spécialistes, méditation dans un filet installé dans les arbres, temps d’échanges sur nos liens personnels avec les arbres. 
Alors enfile une petite laine et VENEZ (RE)SSENTIR les arbres !

Mardi 10 mars 2020 – 17h à 20h – CCO La Rayonne
24 Rue Alfred de Musset, 69100 Villeurbanne
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Événement proposé par Violette Elmassian, Samy Berard, Coline Garbage et Violette Ravon, quatre étudiant.es en Master Développement de Projets Culturels Internationaux (DPACI) de l’Université Lumière Lyon 2.

 

Mais qu'est-ce qu'une bibliothèque vivante ? Vous êtes invité.es à consulter un livre vivant pour un temps donné. Ici, les "livres" sont des personnes et leurs pages seront parcourues au gré d'une conversation en tête à tête.
La Bibliothèque vivante est un concept qui s'est développé dans les pays scandinaves pour permettre à des personnes de discuter calmement avec d'autres sur des sujets qu'elles n'aborderaient pas forcément dans la vie de tous les jours, avec pour mot d'ordre ouverture d'esprit et bienveillance. Découvrir le concept

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Le thème - Quel temps pour les pères aujourd'hui ?
Les papas présents vous donneront différentes approches sur leur place au sein de leurs familles et dans la société, faisant ressortir les enjeux de la paternité d'aujourd'hui.
Ici le récit de vie des papas sera valorisé mais il s'agit davantage de prendre de "la hauteur" et de réfléchir ensemble, à que c'est d'être papa dans notre société actuelle.

Mercredi 11 mars 2020 de 15h à 18h
Médiathèque du Bachut - 2 Place du 11 Novembre 1918 - Lyon 8e
Gratuit et ouvert à tou.tes
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Une invitation à apprendre les recettes de 5 femmes immigrantes venues partager leurs savoir faire et un bon moment ! Autour d'une exposition et de la lecture de poèmes, venez échanger sur les sujets de l'identité culturelle, la transmission, l'intégration...

Programme de la soirée :

  • à partir de 17h30, rendez vous pour préparer le repas ;
  • à 19h repas collectif.

L'occasion de se rencontrer, de discuter et de déguster nouvelles saveurs.
Le repas est à contribution libre. / Pour réserver c'est par ici. Pour organiser cette soirée, les étudiant.es de ce groupe ont lancé un appel à participation et ont travaillé, en partenariat avec :

  • l'association Singa, mouvement citoyen international qui favorise la création de liens entre personnes réfugiées et citoyens de la société d’accueil ;
  • et Les Petites Cantines Vaise, réseau de cantines de quartier, ouvertes à tou.tes, dont l’objectif est de développer les liens de proximité et de promouvoir l’alimentation durable.

Vendredi 13 mars 2020 dès 17h30 - Les Petites Cantines de Vaise
37 Rue Saint-Pierre de Vaise, 69009 Lyon

 

Prêt à partager un temps de jeu, vos souvenirs d’enfance de gamer et votre vision sur les jeux vidéos ? Gamer/euse ou pas, enfants et parents, vous êtes les bienvenu.es à Gaming Connection : l’aventure en famille, le 14 mars 2020 à la Médiathèque Jean Prévost ! #jeuxvideo #numérique #famille

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C’est quoi Gaming Connection ?
Gaming Connection c’est un événement gratuit sur le partage et l’échange autour des jeux vidéo.
 Venez jouer à des jeux rétros, des jeux modernes, connus et moins connus, pour vivre une expérience fun et familiale !

Au programme :

  • une sélection des jeux aux petits oignons pour jouer en famille ou entre ami.es ;
  • une équipe de médiation au top pour échanger sur les pratiques de chacuns.e et répondre aux questions de tou.tes ;
  • un coin documentation, où vous trouverez des ouvrages de référence sur les questions des pratiques vidéoludiques ;
  • un tournoi de Mario Kart sur grand écran, à gagner un abonnement d’1 an à la médiathèque Jean Prévost !

Samedi 14 mars 2020 de 14h30 à 17h30
Médiathèque Jean Prévost - 2 Place Cumbernauld - Bron
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Événement organisé par un groupe d'étudiant.es du master DPACI de l'Université Lyon Lumière 2, en partenariat avec la Médiathèque Jean Prévost et la ville de Bron.